Encore douze jours avant de savoir si le cri d'alarme d'Europol est fondé: les mafias albanaises du Kosovo et de Macédoine seraient prêtes à «inonder les marchés» avec de faux billets en euros. Selon le Financial Times de lundi, Europol a déjà repéré dans les Balkans des faux billets de 100 et 200 euros. Directeur adjoint de l'agence policière européenne, Willie Bruggeman précise que, grâce à ses informateurs qui ont pu les voir, ces coupures sont de «bonne qualité». Europol, qui vient de conclure plusieurs accords d'échanges d'informations avec des pays d'Europe centrale et orientale, ne coopère pas encore directement avec les polices du Kosovo et de la Macédoine, deux «trous noirs» mafieux dont les activités s'étendent largement au-delà de l'impression de fausse monnaie (trafic de drogue et d'êtres humains, notamment). L'euro a beau être unique au monde avec ses 63 points de sécurité, ceux-ci ne serviront pas à grand-chose dans un premier temps, quand plus de 350 millions d'Européens devront développer une nouvelle relation physique avec les nouveaux billets. «Avec les faux billets, nous sommes dans le domaine de l'illusion, avance le commissaire Alain Defer, patron à Paris de l'Office central de répression du fauxmonnayage. Autrement dit, ce qui importe au faussaire, ce ne sont pas les multiples points de contrôle que seules les banques et la police sont en mesure de vérifier. Ce qui importe, c'est la capacité de ses billets à tromper monsieur tout le monde.»

Que la psychose d'une invasion d'euro faux en provenance de l'Est s'avère réelle ou simplement fantasmée, la question n'est pas tant de savoir si de faux billets apparaîtront, mais quand. «Le 1er janvier à midi», ironise Ricardo Cases-Ayala, chef du service contrefaçon d'Interpol, interrogé par Radio France Internationale. Il rappelle que, lors de l'introduction aux Etats-Unis d'un nouveau billet de 100 dollars le 1er janvier 1996, «le premier faux était présenté dès la mi-journée à la caisse d'un fast-food, dans le Midwest».