Deux poids, deux mesures… Alors que la Banque centrale européenne a pris soin de publier d'emblée en japonais ses brochures d'information sur la monnaie unique, il n'en va pas de même pour les autres pays d'Asie. En Corée du Sud, la Chambre de commerce européenne a ainsi dû payer sur ses propres deniers la traduction et la publication de cette euro-littérature destinée aux hommes d'affaires, aux touristes et aux banques. La facture n'est certes pas très élevée, mais elle est révélatrice: malgré son ascension économique fulgurante, le Pays du Matin calme n'est pas un partenaire financier et touristique prioritaire pour la zone euro.

«Vu de Francfort (siège de la BCE), l'Extrême-Orient se résume au Japon et éventuellement à la Chine», râle un banquier de Séoul. Une affirmation pas tout à fait vraie, vu que le No 2 de la Banque centrale européenne, Christian Noyer, a tenu, ces derniers jours, à faire escale dans la péninsule. Au milieu, il est vrai, de deux étapes plus importantes à Tokyo et Pékin.

La gêne des Sud-Coréens envers cette ségrégation financière qui ne dit pas son nom vaut pour d'autres pays de la région. «L'échelle d'intérêt de la BCE est simple: on vend l'euro en priorité aux pays qui amènent des touristes et qui ont un fort volume d'échanges avec les pays membres», poursuit ce même banquier à Séoul. Au risque de faire quelques bourdes au passage.

Dans la très nationaliste Corée du Sud où les bureaux de change viennent récemment d'être autorisés à concurrencer les banques, les propriétaires de ces officines regrettent de ne pas avoir plus de plaquettes d'information à distribuer. Certains n'ont toujours pas vu par exemple la couleur où la forme des futurs billets, pourtant exposés dans le hall de la Banque de Corée, non loin du quartier commerçant de Myongdong. «Ils connaissent le sigle, mais c'est à peu près tout», s'inquiète le Belge Jean Jacques Grauhard, de la Chambre de commerce européenne. Une ignorance qui, espèrent les hommes d'affaires locaux, devrait néanmoins avoir disparu lors du Mondial de foot qui débutera fin mai et verra sans doute déferler pas mal de supporters aux poches remplies d'euros.