Une enquête du Guardian révèle qu'un tiers des principaux commerces britanniques accepteront les paiements en euros. Le quotidien a sondé 38 chaînes de biens de consommation, et 12 d'entre eux ont répondu qu'ils permettraient à leurs clients de les régler avec la nouvelle devise paneuropéenne.

Il est piquant de constater que deux des sociétés prêtes à adhérer aux paiements en euros sont dirigées par des adversaires farouches de l'adhésion de la Grande-Bretagne à la monnaie unique: ainsi, le groupe Dixons (électronique et l'électroménager) ouvrira une partie de ses enseignes à l'euro alors même que son président Stanley Kalms a été longtemps le trésorier du lobby pro-livre Business for Sterling. De même, dans certains pubs de la chaîne JD Weatherspoon, les clients pourront payer en euros même si les murs du bar sont tapissés de posters à la gloire de la monnaie nationale. «Nous accepterons les euros, mais à contrecœur», explique un porte-parole du groupe dont le président, Tim Martin, est l'un des plus farouches opposants à une entrée du Royaume-Uni dans l'Euroland.

De grands magasins comme Marks & Spencer, Debenhams, BHS, Virgin (musique) ou Waterstone's (librairies) ont moins d'états d'âme, et calquent leur politique sur une stratégie de positionnement: les principales rues commerçantes de Londres et d'autres grandes villes, les ports et les aéroports. D'autres enseignes, comme la chaîne de prêt-à-porter Next, les pharmacies Boots et le libraire WH Smith préparent leur réseau à l'euro-compatibilité.

Les partisans de la monnaie unique estiment que cette approche pragmatique contribuera à se familiariser avec l'euro et à dédramatiser le débat. Les irréductibles de la livre (majoritaires) écartent cette hypothèse: «Comme une majorité des magasins qui passeront à l'euro acceptait déjà les monnaies étrangères, il s'agit d'un non-événement.» Sauf qu'il n'a jamais été question que la Grande-Bretagne adopte le mark ou le franc…