Membre récent de l'Union européenne (son adhésion remonte à 1995), la Suède a pris soin de garder ses distances avec l'euro. Elle a non seulement refusé de l'adopter, alors qu'elle respecte parfaitement les critères de Maastricht, elle n'y a attaché sa monnaie que de manière très lâche (la marge de fluctuation de la couronne suédoise peut atteindre 20% contre 0,5% à la couronne danoise). Mais on n'échappe pas si facilement à une devise continentale. Si certains grands magasins de Stockholm ont annoncé qu'ils la traiteraient comme n'importe quelle autre, d'autres ont confié qu'ils afficheraient les prix en double étiquetage.

Or le mouvement ne fait que commencer. Les analystes ont la conviction que l'arrivée des premières coupures va modifier la perception que les Suédois ont eue jusqu'ici de la monnaie unique. «Aujourd'hui, l'euro est une notion abstraite, explique Par Magnussen, économiste à la Danske Bank, le principal établissement financier du pays. Mais l'année prochaine, les Suédois verront comment cela fonctionne et, si tout se passe bien, ils réaliseront combien cela est avantageux.»

En réalité, avant même la date fatidique, l'opinion suédoise paraît avoir déjà basculé. Et le changement de tendance qui s'est dessiné cet automne s'est confirmé ces derniers jours de manière spectaculaire, puisqu'une majorité absolue de la population se montre désormais favorable à la nouvelle devise. Selon un sondage paru jeudi dans le quotidien Expressen, 51% des Suédois sont pour l'adoption de la monnaie unique, 38% y restent opposés et 11% réservent leur opinion. Par ailleurs, 65% des personnes interrogées estiment que leur pays rejoindra forcément la zone euro dans les prochaines années, contre 29% d'un avis contraire. Un référendum sur la question est prévu d'ici à 2006 au plus tard.