A la fin du mois d'août, sa tournée en Europe centrale n'a guère porté ses fruits. En Autriche, - il a assisté au festival de Salzbourg - puis en Roumanie et en Bulgarie, Emmanuel Macron a répété qu'il entendait obtenir, dès la rentrée, un débat communautaire sur la fameuse directive «travailleurs détachés» permettant aux entreprises est-européennes d'envoyer des employés en France sans s'acquitter des cotisations sociales hexagonales.

Message reçu? Pas vraiment. Si ses hôtes roumains et bulgares ont enregistré poliment, la première ministre polonaise Beata Szydlo, du parti populiste Droit et Justice, a riposté sans ménagement aux attaques contre son pays. Le président français, qui snobe Varsovie, avait parlé à Sofia d'une «Pologne qui ne définit en rien le cap de l'Europe» et d'un «peuple polonais qui mérite mieux que cela».

Réponse: «Peut-être ses déclarations arrogantes sont-elles dues à son manque d’expérience et de pratique politiques, ce que j’observe avec compréhension, mais j’attends qu’il rattrape rapidement ces lacunes et qu’il soit à l’avenir plus réservé», a rétorqué la cheffe du gouvernement dont le vrai patron est, en coulisses, le leader europhobe du parti, Jaroslaw Kascynski. 

Allo, Berlin?

Cette semaine, c'est un autre front qu'Emmanuel Macron va tenter de percer lors de sa première visite présidentielle à Athènes, le 7 et 8 septembre: celui d'un possible virage sur la question de la dette publique grecque, sur laquelle la chancelière Allemande Angela Merkel reste pour le moment inflexible.

Lorsqu'il conseillait François Hollande à l’Élysée, l'actuel chef de l’État français plaidait sans trop se cacher pour un «haircut», cet abandon partiel des créances sur la Grèce, désormais endettée à 176% de son produit intérieur brut (contre 126% en 2010, au cœur de la crise de l'euro). Or son avis n'a pas changé. Il a répété souhaiter «un allégement» de la dette hellénique dès son élection «Les autorités grecques ont fait adopter toutes les lois requises, justifie un expert français. Certes, leur application n'est pas parfaite. Tout prend du temps. Mais les efforts d'Athènes, où l'économie privée redémarre, doivent être récompensés.» Allo, Berlin?

Non-dit français

Le problème est qu'en plus de devoir donner des gages à la droite en pleine campagne législative, Angela Merkel s'inquiète du non-dit côté Français. Berlin sait que Paris a encore besoin de flexibilité communautaire, puisque son déficit budgétaire 2017 (3,2% prévus, en dérapage de neuf milliards d'euros par rapport aux promesses du quinquennat précédent) dépassera de nouveau le seuil des 3% du PIB requis pour les pays dotés de la monnaie unique.

L'Allemagne veut également s'assurer que la proposition française d'un ministre des Finances de la zone euro, dont Angela Merkel a pour la première fois accepté le principe en juillet, s'accompagnera d'un «donnant-donnant» contraignant. Là encore, Emmanuel Macron avance ses pions, mais il n'a pas encore obtenu de concessions concrètes. Ce qui devrait faire le jeu de son hôte Alexis Tsipras, le premier ministre grec issu de la gauche radicale, dont la principale vertu a jusque-là été de temporiser et de ramener un certain calme dans les rues d'Athènes. Les deux hommes ont en plus un espoir commun: le possible départ, après les élections allemandes, du ministre des Finances de «fer» Wolfgang Schaüble, hostile à tout «haircut» hellénique.

Trier les migrants

L'autre dossier sur lequel Emmanuel Macron peine à obtenir des alliés est celui des migrants, dont il discutera bien sûr en Grèce. Le locataire de l’Élysée a proposé l'instauration de «hotposts» européens (centres de sélection des migrants) en Libye. Il a réitéré une demande similaire, formulée différemment, lors de ses échanges avec les dirigeants du Sahel à l’Élysée, le 28 août. En clair: la France veut l'ouverture de camps supervisés par le Haut Commissariat aux réfugiés de l'ONU dans ces régions où les hostilités se poursuivent, afin d'y «trier» les candidats au départ pour l'Europe. Une proposition rejetée par les humanitaires, et décriée par les Italiens, premiers concernés par les arrivées de migrants, favorables eux à une augmentation de l'accueil en France.

Autre critique: cette proposition ne tient pas compte de l'absence, au niveau européen, d'une politique effective de renvoi dans leurs pays des migrants refusés au titre du droit d'asile. Les autorités hongroises, qui viennent de voir Bruxelles leur refuser les crédits européens pour construire un mur anti-migrants, ont donc beau jeu d'affirmer que les propositions Macron «ne tiennent pas compte des réalités». 

Reste enfin le Brexit, dont le président français a notamment parlé, le 29 août, lors de sa visite à Luxembourg. En juillet, l'entourage du négociateur européen Michel Barnier s'est inquiété de voir Paris envisager une négociation directe avec Londres si les pourparlers bruxellois patinaient. Le démenti a été immédiat. N’empêche: Emmanuel Macron veut des résultats et commence à le faire savoir. C'est à la suite d'un échange de vues «très complet» avec l’Élysée, que Michel Barnier a exigé, le jour même de la visite de Macron au Grand Duché, de son homologue britannique David Davis «de passer aux choses sérieuses». Une expression que le président français utilise ces jours-ci pour la plupart des sujets européens...