La défaite est patente. La déroute n’est pas loin. Sans véritables propositions de rechange pour sortir de la crise économique, ou coincés dans plusieurs pays (Allemagne, Pays-Bas, Belgique…) par leur participation à des gouvernements de coalition dominés par la droite, les sociaux-démocrates européens sortent très affaiblis des quatre jours de scrutin qui se sont achevés dimanche. Grands pourvoyeurs d’eurodéputés, l’Allemagne (99 élus) et la France (72) offrent les exemples les plus saillants de ce revers électoral, anticipé jeudi par la défaite cuisante subie au Royaume-Uni (72) par le gouvernement travailliste de Gordon Brown, laminé lors d’élections locales organisées simultanément. Le PS Français et le SPD Allemand (voir ci-dessous) sont tous deux en net recul. Alors qu’à l’échelle de l’UE le camp conservateur, majoritaire dans le Parlement européen sortant, paraissait à 22h assuré de la victoire.

Cette bonne tenue électorale de la droite européenne doit toutefois, comme le recul du centre gauche, être pondérée par deux facteurs de nouveau omniprésents lors de cette élection: le poids du contexte national et l’abstention, qui devrait de nouveau flirter avec les 60%. En Italie (72 élus), où les premiers résultats étaient attendus en fin de soirée seulement, l’absence de leader capable de rivaliser avec Silvio Berlusconi et la chute de la participation à 50,9% contre 57,5% en 2004 semblaient devoir dicter leur loi en faveur de la coalition conservatrice au pouvoir. Mais l’un des résultats les plus symboliques est de loin celui de l’Espagne où, selon les sondages réalisés à la sortie des urnes, le Parti populaire semblait devoir passer devant le Parti socialiste du premier ministre José Rodriguez Zapatero avec 43% et de 23 à 24 sièges, contre 41% et de 21 à 22 sièges pour le PSOE. En Autriche (17 sièges), le mot désastre est déjà utilisé par les médias pour qualifier le recul du SPO, nettement devancé par les conservateurs avec seulement 4 élus contre 6. Seules la Suède, (18), le Danemark, (13) et la Grèce (24), - où le Pasok socialiste, dans l’opposition, pourrait atteindre 39% des suffrages contre 33% à la Nouvelle Démocratie, - sauve l’honneur d’un camp «rose» dont le nombre de sièges, à Strasbourg, devrait sûrement être inférieur aux 217 eurodéputés de la législature 2004-2009.

A quoi ressemblera, dès lors, le futur Parlement européen qui sera doté, si le Traité de Lisbonne entre finalement en vigueur, de pouvoirs étendus? Compte tenu de la nécessité permanente de compromis et d’alliances entre les grands groupes politiques, son équilibre ne devrait pas être profondément modifié. Mais trois camps fourbissent déjà leurs armes: les libéraux, les Verts et les eurosceptiques.

Les premiers, qui se voyaient bien conclure un renversement d’alliance pour battre le président sortant de la Commission européenne, le conservateur José Manuel Barroso, négocieront plutôt avec les démocrates-chrétiens un accord, par exemple pour briguer la présidence du Parlement, ou pour placer à un poste clé l’un de leurs leaders, l’ancien premier ministre belge Guy Verhofstadt.

Les deuxièmes, assurés d’être sur le devant de la scène ces prochains mois au fur et à mesure qu’approchera la grande conférence de Copenhague sur le réchauffement climatique de décembre, ne sortiront pas suffisamment forts pour tenir la dragée haute aux socialistes. Mais ils pèseront à n’en pas douter de tout leur poids lors des auditions, en Commission, des futurs commissaires européens. Les promesses environnementales ne seront pas prises à la légère.

Le camp eurosceptique, enfin, devra au lendemain du vote faire le tri. La plus grosse responsabilité repose sur les épaules du leader conservateur britannique David Cameron, qui a promis de créer à Strasbourg un groupe anti-fédéraliste. Qui l’y rejoindra? Le premier ministre polonais Donald Tusk – et sa Plateforme civique – semblait intéressé. La question est de taille car les tories britanniques réclament notamment un référendum sur le Traité de Lisbonne. Lequel devrait être représenté à l’automne, vaille que vaille, aux électeurs irlandais qui l’avaient rejeté en 2008 par un premier ministre Brian Cowen toujours plus fragilisé par la nouvelle défaite de son parti. Même si le collectif noniste «Libertas», lui, sort cette fois battu.