Les dirigeants de sept pays du sud de l'Union européenne, dont la France et l'Italie, tentaient samedi à Lisbonne de faire front commun pour relancer le projet européen mis à mal par Donald Trump et le Brexit.

Face à la montée «du protectionnisme et du populisme», la zone euro a besoin urgemment de réformes pour «surmonter la crise économique, sociale et de légitimité politique, qui la fragilise», a souligné l'hôte de la réunion, le Premier ministre portugais Antonio Costa.

Si, officiellement, le changement radical à Washington et les échéances électorales aux Pays-Bas, en France et en Allemagne ne figurent pas à l'ordre du jour du sommet lisboète, leurs conséquences sont dans tous les esprits.

Défis

La nouvelle administration américaine «pose des défis» pour l'Europe, qu'il s'agisse des «règles commerciales» ou de la résolution des «conflits dans le monde», s'est inquiété vendredi à Berlin François Hollande, au côté de la chancelière allemande Angela Merkel.

Tous deux devaient s'entretenir samedi soir au téléphone avec le nouvel occupant de la Maison Blanche qui s'est félicité du Brexit, «une chose merveilleuse». Donald Trump prône une politique protectionniste et nationaliste qui éloigne les Etats-Unis de son traditionnel allié européen.

L'UE est «seule» depuis son investiture, a mis en garde le président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem.

Comme lors de la première édition de ce sommet du sud, réunie en septembre à Athènes, les sept planchaient samedi sur les moyens de desserrer le carcan budgétaire européen, face à l'orthodoxie allemande, et de favoriser un «partage du fardeau plus juste» de l'accueil des réfugiés.

Le chef du gouvernement italien Paolo Gentiloni avait donné le ton dès vendredi, estimant que le thème de la croissance devait «être au centre» des politiques tout en appelant l'Europe à «la souplesse» dans l'application des règles budgétaires.

Il s'exprimait à l'issue d'un entretien avec son homologue espagnol Mariano Rajoy qui, lui, a fait valoir que «les normes sont faites pour être respectées, mais les hommes sont là pour qu'elles soient respectées intelligemment».

Ce «sommet des pays méditerranéens de l'UE», qui réunit aussi Grecs, Chypriotes et Maltais, devait ainsi se conclure par une déclaration commune appelant notamment à la relance de la croissance et de l'investissement en Europe.

Objectif: accorder les violons avant les sommets européens prévus le 3 février à Malte pour réfléchir à l'avenir de l'UE sans le Royaume-Uni, et le 25 mars dans la capitale italienne pour marquer les 60 ans du Traité fondateur de Rome et jeter les bases d'un nouveau projet européen.

Immigration

Parmi les sujets à débattre figuraient aussi la sécurité et la défense, la crise des réfugiés et l'immigration illégale.

Les Européens risquent d'être confrontés au printemps à un afflux «sans précédent» de migrants sur les côtes italiennes, a averti à la mi-janvier le Premier ministre maltais, Joseph Muscat, dont le pays vient de prendre la présidence tournante de l'UE.

Alors que la droite allemande avait taxé le sommet d'Athènes de réunion du «Club Med» susceptible de semer la discorde en Europe, les pays du sud assurent vouloir lancer des pistes profitant à l'ensemble de l'UE.

Propos de diplomates

«Dans le nouveau contexte créé par le Brexit, il s'agit de réaffirmer la vitalité et l'unité de l'Europe», a expliqué à l'AFP une source gouvernementale portugaise. Pour la France aussi, il s'agit d'élaborer «des propositions pour toute l'Europe» et de «rassembler pour faire avancer le projet européen», indique-t-on de source diplomatique.

«La France est à la fois un pays du sud et du nord, elle crée des ponts entre les deux régions. Il n'y a aucune raison qu'elle cherche la confrontation avec l'Allemagne», fait valoir Guntram Wolff, directeur du centre de réflexion Bruegel.

Avant de se rendre à Lisbonne, François Hollande avait pris soin de retrouver Angela Merkel à Berlin.