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Appel à un traité international pour mieux se préparer aux pandémies à venir

Mardi, le président du Conseil européen, le directeur de l’OMS et 24 chefs de gouvernement ont plaidé en faveur d’un traité qui offrirait des moyens plus efficaces pour traiter des questions sanitaires, mais aussi économiques et technologiques, notamment liées aux vaccins

Charles Michel, président du Conseil européen, s'exprime le 30 mars 2021 à Bruxelles. 
Charles Michel, président du Conseil européen, s'exprime le 30 mars 2021 à Bruxelles. 

Près de 2,8 millions de morts, des millions de chômeurs et des milliards perdus par l’économie mondiale, et une mise au jour de criantes inégalités socio-économiques. La pandémie de Covid-19 n’a épargné aucun pays, qu’il soit avancé ou en développement. C’est sur cette toile de fond que Charles Michel, président du Conseil européen, et Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’Organisation mondiale de la santé, ont appelé mardi devant la presse à la création d’un Traité international sur les pandémies. L’Union européenne a été très en pointe sur le sujet et 24 responsables de gouvernement des quatre coins de la planète ont publié une tribune dans ce sens.

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Dépasser le nationalisme

C’est un fait. Le monde sera confronté à l’avenir à d’autres pandémies qui pourraient être plus dangereuses que le Covid-19. Mieux vaut se préparer et tirer les leçons des expériences faites. Le docteur Tedros l’a d’ailleurs martelé: «Le Covid-19 a mis en lumière le meilleur et le pire de l’humanité.» Pour Charles Michel, la pandémie de Covid-19 a montré qu’il s’agissait bien plus qu’une question purement sanitaire. «C’est un problème qui touche toutes les strates de la société et qui a montré aussi bien les forces que les faiblesses» de nos sociétés. L’objectif d’un traité est de dépasser l’isolationnisme et le nationalisme qui ont fortement entravé le combat contre le SARS-CoV-2.

Un traité sur les pandémies offrirait un cadre global pour traiter des questions sanitaires, pour partager les informations sanitaires pertinentes, les pathogènes, mais aussi la technologie pour produire des vaccins et des traitements accessibles à tous. L’actuel Règlement sanitaire international (RSI), adopté sous la forme actuelle en 2005, n’aborde pas toutes les questions économiques de développement et de production de vaccins par exemple. «La Commission européenne, relève Charles Michel, estime qu’on a besoin de plus de transparence en matière de chaînes d’approvisionnement et de niveau de production. Plus de transparence signifie plus de confiance et une meilleure coopération.» Un traité permettrait aussi d’améliorer sensiblement le système global d’alerte en cas d’émergence d’une pandémie.

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Le refus de certains pays de déroger aux règles de la propriété intellectuelle pour produire des vaccins s’est avéré un vrai problème. Il freine les efforts pour mettre fin à la pandémie. Un traité devrait aider à surmonter cet obstacle. Mais le chemin à parcourir jusque-là est long. Il dépendra de la volonté politique des Etats. Présidente du Global Health Centre à l’IHEID, Ilona Kickbusch le relève. Le Conseil mondial de suivi de la préparation aux pandémies (GPMB), un organisme conjoint de l’OMS et de la Banque mondiale dont elle est membre, appelle à un tel traité depuis 2020 déjà. «Nous devons aller beaucoup plus loin si nous voulons que tous les Etats appliquent le Règlement sanitaire international dont certains chefs d’Etat n’ont même pas connaissance.»

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Penser au scénario du pire

Ilona Kickbusch juge important de considérer la problématique sous l’angle d’un écosystème qui comprend l’OMS, des acteurs privés responsables, une société civile engagée. Un seul instrument comme le RSI ne réglera jamais tous les problèmes. «Un traité permettrait de mieux gérer la question du financement de la recherche et du développement pour des vaccins afin d’en faire des biens publics mondiaux», poursuit-elle. Mais, ajoute la spécialiste, il ne faudra pas se contenter de tirer les leçons des épidémies passées: «Nous devrons penser bien au-delà de cela, imaginer ce que pourrait être la prochaine pandémie avec des variants plus mortels, avec une soudaine inefficacité des antibiotiques. Nous devrons penser aux scénarios du pire.»

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Un saut qualitatif est donc nécessaire. Avec l’avènement du RSI, certains Etats développés ont pensé que les épidémies comme le SRAS ou Ebola ne les concernaient pas, c’était loin, en Asie ou en Afrique. Or le Covid-19 l’a montré: les économies du Nord ont été très fortement touchées par la pandémie. Professeur de droit de la santé globale à l’Université Georgetown de Washington, Lawrence Gostin met toutefois en garde: «Il sera important qu’un nouveau traité ne sape pas le RSI, mais le renforce et le complète. Trois acteurs majeurs n’y sont pour l’heure pas favorables: les Etats-Unis, la Chine et la Russie. Or il faut qu’un nouveau traité ait le soutien de la plupart des pays du globe. Il faudra surmonter la réticence des Etats à y adhérer.» Une résolution dans ce sens à l’Assemblée mondiale de la santé en mai prochain devrait poser les premiers jalons.