Le chef de la diplomatie de l’Union européenne Josep Borrell a fait état lundi de «progrès» dans la normalisation des relations entre le Kosovo et la Serbie, mais une nouvelle réunion sera nécessaire pour faire signer le projet d’accord agréé par les anciens ennemis et assurer sa mise en œuvre.

«Des progrès ont été réalisés aujourd’hui, mais il reste du travail à faire pour s’assurer que ce qui a été agréé sera mis en œuvre», a déclaré Josep Borrell, à l’issue d’une réunion à Bruxelles avec le président serbe Aleksandar Vucic et le premier ministre du Kosovo Albin Kurti, pour discuter d’un plan proposé par l’UE.

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Le projet d’accord pour parvenir à une normalisation de facto des relations entre le Kosovo et la Serbie a été publié par Josep Borrell après la réunion. Le plan, qui compte onze articles, prévoit que «la Serbie ne s’opposera pas à l’adhésion du Kosovo à une organisation internationale», une demande clé de Pristina, et «qu’aucune des parties ne bloquera, ni n’encouragera les autres à bloquer les progrès de l’autre partie dans son parcours européen».

Il propose également d’accorder «un niveau approprié d’autogestion pour la communauté serbe au Kosovo (…) et la possibilité d’un soutien financier de la part de la Serbie». Il s’agit d’un point délicat pour Pristina qui s’est montrée réticente à l’idée de permettre aux municipalités à majorité serbe du Kosovo de s’unir au sein d’une association soutenue par Belgrade, craignant la création d’une enclave qui porterait atteinte à sa souveraineté.

Tensions vivaces

L’article 1 du plan prévoit en outre que «les parties reconnaissent mutuellement leurs documents et symboles nationaux, y compris les passeports, les diplômes, les plaques d’immatriculation et les timbres douaniers». Les deux dirigeants ont accepté le principe de la mise en œuvre de cet «accord pour une normalisation», mais «de nouvelles négociations sont encore nécessaires sur les modalités de cette mise en œuvre», a annoncé Josep Borrell.

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Une nouvelle réunion sera organisée en mars et l’émissaire de l’UE Miroslav Lajcak poursuivra ses navettes entre Belgrade et Pristina dans les prochaines semaines, a-t-il précisé. «Il est important de se mettre d’accord. Il est encore plus important de mettre en œuvre ce qui a été convenu et c’est ce qui doit encore être finalisé», a encore souligné Josep Borrell.

Les tensions entre Belgrade et Pristina sont toujours vivaces près de 25 ans après une guerre meurtrière entre rebelles indépendantistes albanais et forces serbes. Un conflit qui prit fin avec une campagne de bombardements de l’Otan.

La Serbie refuse de reconnaître l’indépendance proclamée en 2008 par son ancienne province dont la population d’1,8 million d’habitants très majoritairement d’origine albanaise compte une minorité serbe d’environ 120 000 personnes. Les relations entre Belgrade et Pristina vont de crise en crise depuis des années.

«Je pense que nous sommes sur la bonne voie pour la normalisation des relations avec la Serbie», a déclaré Albin Kurti. «Je n’ai pas signé (l’accord) parce que l’autre partie n’était pas prête à le faire. J’ai exprimé ma volonté et mon intérêt à signer ce texte», a-t-il affirmé. De son côté, Aleksandar Vucic a décrit «une rencontre difficile, comme prévu». «Il n’y a pas de capitulation», a-t-il assuré sur son compte Instagram, en légende d’une photo de la rencontre avec Albin Kurti et Josep Borrell.

«S’asseoir et travailler»

Le ton adopté par Aleksandar Vucic contrastait avec celui d’Albin Kurti. Les pourparlers de lundi n’avaient «rien de spécial», a commenté le président serbe qui, avant de quitter Belgrade, avait assuré à ses détracteurs qu’il n’y aurait «pas de capitulation». «Nous n’avons pas de feuille de route, messieurs dames, nous n’en avons pas. Nous devons nous asseoir et travailler sur la feuille de route», a-t-il poursuivi.

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Le mois dernier, le président serbe avait publiquement déclaré avoir reçu un ultimatum des pays occidentaux pour normaliser les relations avec le Kosovo, faute de quoi la Serbie s’exposerait à de graves conséquences.

La question du Kosovo reste obsessionnelle pour une partie des 6,7 millions de Serbes qui considèrent ce territoire comme leur berceau national et religieux, là où des batailles cruciales ont été livrées au cours des siècles.

Beaucoup de membres de la minorité serbe au Kosovo refusent toute loyauté à Pristina avec les encouragements de Belgrade. C’est particulièrement vrai dans le nord, près de la frontière avec la Serbie, théâtre de heurts fréquents, de manifestations et parfois de violences.