Quarante ans après la décolonisation, Européens et Africains vont tenter de définir «un nouveau partenariat». Réunis lors d'un sommet historique au Caire, les chefs d'Etat et de gouvernement des Quinze et des 53 pays africains se sont donné deux jours pour y parvenir. L'idée de cette rencontre exceptionnelle part d'un constat très simple: l'Afrique est de plus en plus marginalisée dans l'économie mondiale et ses relations commerciales avec l'Union européenne diminuent. «Il est temps que l'Europe et l'Afrique réfléchissent à leurs relations, estime un diplomate tchadien. Les anciennes puissances coloniales doivent nous traiter en partenaires.»

Parrainé par l'Organisation de l'unité africaine (OUA) et l'Union européenne (UE), ce sommet revêt un caractère surtout symbolique tant la vision que les Européens et les Africains en ont est éloignée. Il a fallu des heures de préparation aux délégations africaines et européennes pour se mettre d'accord sur l'ordre du jour. Les Quinze voulaient en effet mettre l'accent sur les questions politiques et de santé: prévention des conflits, droits de l'homme, démocratie, lutte contre le sida. De leur côté, les Africains souhaitaient que la rencontre se concentre sur les sujets économiques, sociaux et de développement, avec en priorité la question de la dette.

Estimée à quelque 350 milliards de dollars en 1999, contre 110 milliards au début des années 80, la dette explique en partie la misère de ce continent où 44% de la population vit au-dessous du seuil de pauvreté. «On ne pourra pas s'en sortir si l'Europe ne nous aide pas en allégeant la dette, ajoute le diplomate tchadien. Les Européens ne doivent pas oublier que le développement économique de l'Afrique est dans leur intérêt.» Premier donateur avec 15 milliards de dollars d'assistance tous les cinq ans, l'Union européenne sait que cette aide n'a pas permis à la majorité des pays africains de décoller. Mais de là à annuler d'un seul coup les créances, comme l'ont demandé les ministres africains des Affaires étrangères réunis au Caire samedi, il y a un pas que les Quinze ne sont pas prêts à franchir.

Rôle d'intermédiaire de l'Egypte

Pour le Vieux Continent, la solution du problème est dans un changement de nature de ses relations avec ses anciennes colonies. Le but: intégrer l'Afrique dans l'économie mondiale. C'est d'ailleurs l'objectif de Lomé II, le nouvel accord de partenariat que l'UE vient de conclure avec les pays du groupe ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) auquel appartiennent tous les pays de l'Afrique subsaharienne. Cet accord, qui succède aux conventions de Lomé, permettra aux pays ACP de négocier des partenariats régionaux avec lesquels l'UE conclura des accords de libre-échange.

En accueillant ce sommet, l'Egypte souhaite consolider son rôle d'intermédiaire entre l'Afrique et l'Europe. Conscient que le règlement du conflit israélo-arabe risque de porter un coup à sa position de leader régional, Le Caire oriente sa diplomatie vers ses voisins du Sud. En 1998, l'Egypte a ainsi adhéré à la Comesa (Marché commun de l'Est et du Sud de l'Afrique) avant de prendre l'initiative d'organiser, fin février au Caire, la première conférence de cette organisation. Hôte de ce sommet sans précédent, l'Egypte verra aussi le grand retour du Maroc lors d'une réunion africaine parrainée par l'OUA. Rabat avait en effet quitté l'OUA en 1984 lorsque l'organisation a reconnu et admis la République arabe sahraouie démocratique autoproclamée (RASD). Alger ayant obtenu que la RASD ne participe pas à ce sommet, le souverain marocain Mohammed VI a accepté de faire le voyage.