C'est un dîner dont la «chorégraphie ne peut être sûre à 100%» déclarait un diplomate néerlandais dont le pays assure l'orchestration du sommet européen qui a débuté jeudi soir à Bruxelles, une rencontre capitale pour les liens futurs entre la Turquie et l'Union. Le 25 chefs d'Etat et de gouvernement étaient réunis pour dîner au Conseil européen de Bruxelles et pour négocier, à huis clos, les dernières conditions du signal positif qui devrait être donné à la Turquie. Selon les premiers résultats de la discussion, Ankara pourrait entamer les négociations d'adhésion le 3 octobre 2005.

Juste avant l'ouverture du Sommet, les appels à une reconnaissance de Chypre ou, à tout le moins, à un geste de la part des Turcs en faveur de ce nouveau membre de l'Europe des Vingt-Cinq, se sont multipliés. José Manuel Durao Barroso, le président de la Commission européenne, a lancé en arrivant au Conseil: «Il est temps pour l'Union européenne de dire oui à la Turquie» et «pour la Turquie de dire oui à l'Europe»; manière de rappeler que tous ses Etats membres devaient être pris en compte. Javier Solana, responsable de la politique étrangère européenne, y est aussi allé de sa petite phrase: «Si vous voulez être membre d'une famille, vous devez reconnaître tous les membres de la famille», a-t-il prévenu.

Déclarations contradictoires

Depuis un grand hôtel bruxellois, Recep Tayyip Erdogan, le premier ministre turc, tenait des entretiens bilatéraux avec des chefs d'Etat, guettait les nouvelles et multipliait les déclarations, parfois contradictoires. Affirmant d'abord en milieu d'après-midi que la question de Chypre ne pourrait être envisagée par Ankara qu'après la tenue de la réunion européenne, il a ajouté, après avoir discuté avec le premier ministre néerlandais Jan Peter Belkenende, qui préside le sommet, qu'une solution serait trouvée avant la fin de la réunion aujourd'hui. Pour le président chypriote Tassos Papadopoulos – que ses compatriotes ont invité cette semaine à user sans modération de son nouveau droit de veto contre une Turquie récalcitrante –, il est essentiel, note un observateur chypriote à Bruxelles, de pouvoir rentrer chez lui vendredi soir en ayant obtenu quelque chose. La reconnaissance pleine et entière est hors de portée, mais un premier pas vers une normalisation pourrait être fait par Ankara.

Pour les gouvernants du camp conservateur européen, dont l'Italien Silvio Berlusconi ou le Néerlandais Jan Peter Belkenende, qui se sont rencontrés jeudi en Belgique en marge du sommet, la reconnaissance de la partie grecque de l'île divisée depuis 1974 n'est pas, en tant que telle, un préalable indispensable au feu vert de Bruxelles: ils attendent en revanche un engagement clair de la Turquie à signer l'extension de son accord d'Union douanière avec l'Europe aux dix nouveaux pays dont Chypre. Cela devrait constituer le premier pas attendu vers une reconnaissance ultérieure par Ankara de l'île divisée. Tous ne sont cependant pas persuadés de la nécessité de régler la question chypriote aujourd'hui: «Je ne pense pas que la Turquie ait besoin de faire quoi que ce soit concernant Chypre», a estimé pour sa part, le premier ministre suédois Göran Persson.