Bruxelles

Les Européens prêts à aider Theresa May mais à leurs conditions

Les dirigeants européens sont prêts à aider Theresa May à faire passer l’accord sur le Brexit au parlement britannique. Mais ils le feront à leurs conditions et sans toucher aux fondamentaux de l’accord qu’elle a approuvé avec eux fin novembre

La Commission européenne va intensifier ses préparatifs en cas d'absence d'accord (ou «no deal») avec le Royaume-Uni sur sa sortie de l'UE, a affirmé jeudi son président Jean-Claude Juncker à l'issue d'un sommet européen consacré au Brexit. «Nos amis britanniques doivent dire ce qu'ils veulent au lieu de nous faire dire ce que nous voulons», a-t-il déclaré, avant d'annoncer que l'exécutif européen publierait mercredi 19 décembre «toutes les informations généralement utiles qui concernent la préparation d'un «no deal»». Il juge «assez inconcevable» qu'au Royaume-Uni on pense que c'est à l'UE de «proposer des réponses».

Comment aider Theresa May à convaincre la Chambre des communes de voter pour son «Brexit» sans détricoter l’accord conclu avec elle le 25 novembre? Les Européens sont arrivés jeudi à Bruxelles avec une ligne très claire: pas question de rouvrir le travail de plus d’un an et demi de négociations, formulé dans un accord de retrait et une déclaration politique sur les futures relations, notamment commerciales, tous les deux contraignants. Mais ils pourraient concéder quelques lignes pour arrondir les angles.

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Des aménagements à la marge que les 27 étaient d’autant plus prêts à concéder qu’ils auraient très bien pu se retrouver sans premier ministre britannique. Soulagés que Theresa May ait survécu au vote de défiance, ils ont donc opté pour une main tendue. «On ne peut pas rouvrir un texte juridique, mais on peut avoir une discussion politique», a déclaré en arrivant le président français, Emmanuel Macron. «Il est absolument clair qu’il n’y aura pas de renégociation, a renchéri un diplomate, mais certaines choses peuvent être précisées ou clarifiées.»

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La question du «backstop»

Pour le premier ministre irlandais, Leo Varadkar, la question du fameux «backstop», la solution de sécurité pour l’Irlande et l’Irlande du Nord, n’est en tout cas sûrement pas sur la table. Et en aucun cas elle ne devra être utilisée «comme levier», a-t-il averti.

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Theresa May devait en toute logique demander hier des assurances, contraignantes si possible, sur le fait que la solution de sécurité pour l’Irlande n’aura pas à s’appliquer. Elle veut aussi que les Européens s’engagent à négocier rapidement un accord de libre-échange, de sorte que le pays retrouve au plus vite sa souveraineté.

Car l’accord approuvé le 25 novembre revient pour beaucoup de Brexiters à demeurer dans la «prison» de l’UE en ce qu’il prévoit que le pays reste dans l’Union douanière tant qu’un accord commercial n’aura pas entièrement répondu aux problématiques – historiques et économiques — de l’Irlande et de l’Irlande du Nord.

Un vote très attendu

Si les Européens ont toujours dit que le «backstop» n’avait pas à s’appliquer, ils pourraient l’acter un peu plus fermement par écrit. Un projet de déclaration stipulait ainsi en début de réunion que ce «backstop» n’est pas le scénario voulu («desirable outcome»). Ils devaient aussi décider de coucher par écrit leur engagement à se lancer rapidement dans la négociation de l’accord de libre-échange. Des petites lignes cosmétiques inoffensives à première vue mais qui n’étaient pas encore entièrement acquises, les Européens voulant aussi garder quelques moyens de pression sur Theresa May.

Leur scénario idéal serait que le deal repasse à la Chambre rapidement car «on sait qu’au Royaume-Uni, un projet d’accord s’évapore en dix jours», observait hier un diplomate, faisant allusion au précédent David Cameron juste avant le référendum. Mais cette hypothèse d’un vote prochain ne semblait pas être encore privilégiée par la première ministre May. Une chose était en tout cas certaine: les 27 devaient appeler à accélérer la préparation au «no deal». «Personne ne veut cela», juge un diplomate, mais «avec une Chambre des communes au verdict imprévisible, les probabilités augmentent».

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