«Nous nous efforcerons de contextualiser les difficultés de la zone euro.» Cette phrase d’un haut responsable européen attendu ce vendredi à Camp David en dit long sur l’inquiétude ambiante. La matinée de samedi, consacrée aux enjeux économiques, s’annonce rude pour le président du Conseil européen Herman Van Rompuy, qui interviendra au nom des pays dotés de la monnaie unique. Difficile, il est vrai, de faire plus que de la pédagogie sur la crise grecque, les banques espagnoles et les prévisions de printemps de la Commission selon lesquelles l’UE devrait stagner en 2012 (–0,3% pour la zone euro) et atteindre 1,3% en 2013 (1% pour la zone euro).

La faiblesse des Européens est accrue par leurs désaccords, toujours patents, sur «l’agenda pour la croissance» qu’Herman Van Rompuy et José Manuel Barroso, le président de la Commission, devraient présenter. Deux mesures seulement ont été évoquées à Bruxelles avant le départ pour Camp David: l’augmentation du capital de la Banque européenne d’investissement (BEI) afin d’accroître sa capacité d’emprunt, et les fameuses «euro-obligations de projets», destinées à financer des grands chantiers. A François Hollande, le nouveau président français, d’expliquer ce qu’il entend par «réorientation de l’Europe».

Un sommet européen extraordinaire aura d’ailleurs lieu à Bruxelles dès le 23 mai, et il pourrait se doubler d’une réunion d’urgence des dirigeants de la zone euro. «On ne viendra sûrement pas faire la leçon à quiconque dans ces conditions», sourit un diplomate.

«Irremplaçables»

La conviction des Européens est en revanche que le G8, en partie en raison des difficultés économiques qui affectent les pays les plus industrialisés, est en train de retrouver toute son utilité. «Dans un contexte comme celui-ci, les discussions informelles, personnelles entre les dirigeants, sont irremplaçables», poursuit-on à Bruxelles. Les représentants de l’UE, sans le dire, sont convaincus que le G20, à qui l’on promettait un bel avenir, est un forum d’intérêts trop contradictoires, dans une situation économique aussi tendue.

Côté enjeux internationaux, l’Afghanistan sera réservé au sommet de l’OTAN organisé dans la foulée, les 20 et 21 mai à Chicago, le sort de la coalition et de son retrait d’ici à 2014 étant surtout discuté lors des rencontres bilatérales entre chefs d’Etat ou de gouvernement. Le seul dossier sur lequel les Européens sont en pole position est, au fond, celui de l’Iran, avec qui Catherine Ashton, la haute représentante pour les Affaires étrangères, négocie au nom des Six (Etats-Unis, Russie, Chine, Royaume-Uni, France et Allemagne). Une nouvelle session de négociation avec les Iraniens aura lieu à Bagdad, en Irak, le 23 mai, jour du sommet à Bruxelles. Catherine Ashton répète à ses interlocuteurs qu’elle y fera preuve de la «plus grande fermeté», exigeant de Téhéran des «mesures de confiance significatives». Les experts craignent toutefois que les Iraniens, une fois encore, offrent des demi-concessions pour satisfaire Moscou et Pékin. Et gagner ainsi encore du temps.