Les europhobes britanniques en trouble-fête

Royaume-Uni L’UKIP a remporté un deuxième siège au parlementde Westminster

Il pousse David Cameron dans une dérive droitière

L’United Kingdom Independence Party (UKIP), le parti anti-européen et anti-immigration britannique, continue son ascension apparemment irrésistible. Dans la nuit de jeudi à vendredi, le résultat de l’élection législative partielle à Rochester, près de Londres, est tombé: Mark Reckless, le candidat de l’UKIP, l’a remporté haut la main, avec 42% des suffrages, contre 35% aux conservateurs.

Cette victoire est un tremblement de terre. C’est la deuxième fois en deux mois que l’UKIP remporte une législative partielle. Elle prouve que le petit parti protestataire peut désormais dépasser les simples élections européennes, où il réussissait traditionnellement une percée. A six mois des élections législatives, avec les conservateurs et les travaillistes au coude-à-coude dans les sondages, elle place l’UKIP au centre du jeu politique.

Selon certains pronostics, le parti europhobe pourrait remporter jusqu’à une vingtaine de sièges en mai 2015. Si c’est le cas, Nigel Farage, son leader, se retrouverait en faiseur de roi. «Nous avons une chance réaliste d’avoir une influence [pour le choix du gouvernement]», estime-t-il.

Pour lui, qui a longtemps prêché dans le désert, c’est une consécration. Créé en 1993 pour protester contre le Traité de Maastricht, l’UKIP était une machine politique qui ne perçait qu’une fois tous les cinq ans, aux élections européennes, surfant sur le nationalisme de la droite conservatrice, qui ne supporte pas Bruxelles. Mais il y a cinq ans, Nigel Farage – à la tête de l’UKIP depuis 2006 – a réorienté son parti en faisant de l’immigration sa principale bataille. A partir de 2004, le Royaume-Uni a accueilli une vague d’immigrants venant des nouveaux pays membres de l’Union européenne. Les tensions se sont accentuées avec la crise économique. Nigel Farage accuse les nouveaux venus de prendre le travail des Britanniques et de pousser les salaires à la baisse. Il veut imposer une restriction de l’immigration, ce qui est contraire au principe de la libre circulation des personnes au sein des Vingt-Huit.

Dans le même temps, le leader europhobe a profité des dissensions au sein des conservateurs. Leur aile droite réclame depuis très longtemps un référendum sur une sortie de l’Union européenne. Le premier ministre britannique David Cameron a cédé en janvier 2013, offrant une consultation populaire (mais pas avant 2017, à condition d’être réélu en mai 2015). Le leader tory a aussi durci son discours contre l’immigration.

Du coup, l’UKIP s’est retrouvé sur ses terrains de bataille favoris: l’Europe et l’immigration. Cela ne pouvait que lui profiter. A partir de fin 2012, le parti a commencé à engranger des résultats prometteurs lors d’élections partielles. Puis, en mai, il a remporté les élections européennes, terminant en tête du scrutin avec 27% des voix.

Les députés conservateurs, craignant de se faire doubler sur leur droite et de perdre une large partie de l’électorat, ont commencé à être nerveux. En septembre, Douglas Carswell, un élu tory, a été le premier à faire défection. Il a provoqué une législative partielle et remporté le scrutin le mois dernier, devenant le premier député UKIP élu. Mais sa circonscription, Clacton, dans l’est de l’Angleterre, est très particulière: très pauvre et très âgée. Le discours contre les forces obscures de Bruxelles et les immigrés – pourtant peu nombreux sur place – y fait merveille.

Son collègue Mark Reckless a ensuite décidé de le suivre. Lui aussi a fait défection et provoqué une élection partielle. Sa victoire, jeudi, est plus lourde de sens: Rochester est une circonscription proche de Londres ni particulièrement pauvre ni particulièrement riche, où les taux de chômage, d’immigration et de pauvreté sont proches de la moyenne britannique.

Bien sûr, les élections législatives de mai prochain risquent d’être moins favorables à l’UKIP. Le mode de scrutin – uninominal à un tour – ne laisse aucune place pour les candidats qui arrivent en seconde ou troisième position. Il sera difficile de remporter beaucoup de sièges. Mais les anti-européens pourraient quand même semer la pagaille, en prenant des voix aux conservateurs. David Cameron le répète d’ailleurs sur tous les tons: voter UKIP, c’est faire élire les travaillistes.

Même ces derniers ont pourtant du souci à se faire: ils ont perdu une partie de leur électorat populaire traditionnel, attiré par le ton direct et simple de Nigel Farage. Le trublion, qui flirte avec l’extrême droite, est devenu incontournable, et il sera au cœur du débat de la campagne des six prochains mois.

Aux législatives de mai prochain, le parti pourrait semer la pagaille, en prenant des voix aux tories