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Des autocars roulent en direction d’Al Eïs, entre les provinces d’Alep et d’Idlib, mercredi.
© SANA via AP

Syrie

Evacuation des localités chiites du nord-ouest de la Syrie

Des bus ont été aperçus quittant Foua et Kefraya dans le cadre d’un accord passé entre la Russie, alliée du régime, et la Turquie, soutien des rebelles. Ces villages sont encerclés depuis trois ans

L’évacuation de deux villages assiégés par les rebelles dans le nord-ouest de la Syrie a débuté dans la nuit, rapportent jeudi l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) et un cadre des forces gouvernementales. Les deux localités sont encerclées depuis trois ans.

Au total une centaine d’autocars et plusieurs ambulances ont été dépêchés dans les villages de Foua et Kefraya, dans le cadre d’un accord passé entre la Russie, alliée du régime, et la Turquie, soutien des rebelles. Ils doivent conduire quelque 6900 personnes, civils et combattants détenus par les rebelles, dans un secteur sous contrôle gouvernemental dans la province voisine d’Alep. En contrepartie, 1500 détenus seront libérés des geôles du régime.

Lire l’opinion: Syrie, le bon usage de la violence

L’évacuation a débuté avec le départ des malades. Selon la chaîne de télévision publique Al Ikhbariya, cinq ambulances transportant six personnes dans un état grave sont arrivées à un point de contrôle des forces gouvernementales à Al Eïs. Al Manar, la chaîne du Hezbollah libanais, allié de Damas, a par ailleurs assuré que l’évacuation devait être achevée dans la soirée.

Un siège qui a duré trois ans

Les deux villages, dont la majorité des habitants est de confession chiite, sont acquis au régime du président Bachar el-Assad. Ils sont assiégés par des rebelles et le groupe djihadiste Hayat Tahrir al-Cham, coalition rebelle dominée par les islamistes de l’ex-Front Al-Nosra, qui contrôlent aujourd’hui une très grande majorité de la province.

Le siège de Foua et de Kefraya a commencé en 2015 lorsque rebelles et djihadistes ont envahi la province d’Idlib, coupant l’accès à la nourriture et aux médicaments. L’ONU et le Croissant-Rouge arabe syrien ont fourni une aide humanitaire dans le cadre d’opérations réciproques synchronisées avec deux villes proches de Damas assiégées par le gouvernement, Zabadani et Madaya.

Lire aussi: Le contrôle d’Idlib par Al-Qaida inquiète les humanitaires

En avril 2017, les quatre villes ont également fait l’objet d’opérations d’évacuation coordonnées. Mais un attentat suicide visant un convoi de civils évacués de Foua et de Kefraya a fait 150 morts, dont 72 enfants. Les résidents traumatisés restés en arrière ont dit qu’ils craignaient que le scénario ne se répète lors des nouvelles évacuations.

Des évacuations qui doivent être temporaires et volontaires

Selon l’OSDH, l’accord russo-turc garantirait également qu’Idlib ne subisse pas une offensive militaire du régime. La province est limitrophe de la Turquie au nord-ouest, mais elle est presque totalement entourée par des territoires contrôlés par le régime. Elle abrite plus de deux millions de personnes, y compris des civils syriens et des rebelles qui sont venus s’y réfugier en provenance d’autres territoires dans le cadre d’accords de reddition.

Militants et groupes de défense des droits de l’homme ont averti que de tels transferts de population peuvent équivaloir à des déplacements forcés. Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a insisté sur le fait que tout mouvement de population doit être volontaire.

«Toute évacuation, en Syrie ou ailleurs, doit respecter les règles humanitaires de base: les civils peuvent choisir de rester ou de partir. Les civils doivent être protégés contre les attaques, en tout temps. Les évacuations sont temporaires, les civils ont le droit de rentrer chez eux», a écrit le CICR sur Twitter.

Déclenché en 2011, après la répression par le régime de manifestations pacifiques demandant des réformes démocratiques, le conflit en Syrie s’est complexifié au fil des ans avec l’implication de pays étrangers et de groupes djihadistes, sur un territoire de plus en plus morcelé. Le siège de villes et villages a été utilisé comme tactique de guerre dans le conflit qui ravage la Syrie, en particulier par le régime. Un conflit qui a fait plus de 350 000 morts et déplacé des millions de personnes.

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