Abus

Des évêques peu combatifs contre la pédophilie

Les dignitaires réunis cette semaine au Vatican ont peiné à défendre des mesures concrètes contre les violences sexuelles infligées aux mineurs par des hommes d’Eglise. Le goût de la collégialité affiché par le pape François s’est avéré ici problématique

Le sommet contre la pédophilie organisé cette semaine au Vatican s’approchait vendredi de son terme sans avoir abouti à du «concret», contrairement à ce que le pape François avait réclamé la veille à l’ouverture des travaux. Cette rencontre de haut niveau sur «la protection des mineurs dans l’Eglise» n’a tracé durant deux jours que des pistes de solution déjà connues. Les évêques et cardinaux réunis pour l’occasion ont en revanche multiplié les «condamnations simples et faciles» que le pontife argentin voulait éviter.

«L'un des plus grands défis»

La pédophilie dans l’Eglise représente l’un des plus grands défis auquel est confronté François. Le pontificat en cours sera marqué par son issue. Mais son succès dépendra d’une myriade de responsables locaux. Le «devoir de synodalité», de collégialité des Eglises locales, a été le point central des travaux de vendredi. Ce qui signifie que la lutte contre les crimes pédophiles dans le clergé dépendra de la bonne volonté des présidents des conférences épiscopales, puis des quelque 5000 évêques répartis à travers le monde. Ce concept cher au pape s’est ici retourné contre lui.

Les résistances locales sont fortes. Un archevêque ghanéen a, par exemple, expliqué au média catholique Crux que «des problématiques comme l’abus sexuel sur mineurs telles qu’elles existent en Europe ou en Amérique ne sont pas vraiment un problème [ici]». Le souhait des organisateurs du sommet de mettre tout le monde au même niveau a buté sur de nombreux écueils culturels.

Les défenseurs d’un combat plus décidé contre les scandales ont eux aussi donné de la voix. Le cardinal Oswald Gracias, archevêque de Bombay, l’un des dix intervenants choisis pour s’exprimer devant les 190 participants, a ainsi proposé vendredi à ses confrères de «cultiver une culture de la correction fraternelle». Une proposition à peine voilée de contrôle et de dénonciation. Il reste à savoir comment les milliers d’évêques existant, dont certains nient ou minimisent le problème, répondront à cette demande.

«Il faut que le pape tape du poing sur la table»

Les anciennes victimes d’abus commis par des hommes d’Eglise ne sont pas convaincues par la «synodalité» de François. «Il faut que le pape tape du poing sur la table, impose ses décisions», soufflent depuis Rome certains de leurs représentants, membres d’ECA Global, une organisation internationale qui regroupe nombre de leurs associations. «Le minimum que l’Eglise puisse faire est de réduire à l’état laïc tous les prêtres qui ont abusé, mais aussi les évêques et cardinaux qui les ont couverts», insiste Pete Saunders, une victime anglaise.

Las! Au Vatican, les organisateurs du sommet se sont sentis obligés de rappeler l’évidence aux dirigeants de l’Eglise. «L’abus sexuel des mineurs non seulement enfreint le droit divin et ecclésiastique, a expliqué Oswald Gracias. Il constitue aussi un comportement criminel public.»

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