Trois jours avant la fin de son assemblée plénière réunie à Lourdes, le président de la conférence des évêques de France (CEF), Mgr Éric de Moulins-Beaufort, a pris la parole pour l’annoncer à la presse.

Il y a un mois, la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase) a mis au jour l’ampleur du phénomène de la pédocriminalité dans l’Église et lui a recommandé de reconnaître sa responsabilité civile et sociale, «indépendamment de toute faute personnelle de ses responsables».

«Dimension systémique»

L’ensemble de l’épiscopat reconnaît «la dimension systémique» de ces actes pédocriminels, «rendus possible par un contexte général, des fonctionnements, des mentalités, des pratiques au sein de l’Église», a expliqué Mgr de Moulins-Beaufort. «Cette responsabilité entraîne un devoir de justice et de réparation».

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Les 120 évêques réunis à Lourdes doivent examiner, d’ici la fin de leurs travaux lundi, les questions des réparations ou contributions financières à destination des personnes victimes.

Leur décision a été prise lors d’un vote «massif» mais pas unanime vendredi matin, selon une source interne à l’épiscopat qui n’a pas souhaité en révéler le résultat exact.

«Assumer»

«Nous devions aux personnes victimes si nombreuses, dont la plupart restent inconnues encore […] d’exprimer cette responsabilité en quelques mots», a déclaré pour justifier cette décision M. de Moulins-Beaufort devant des responsables et associations de fidèles. «L’ampleur (du phénomène) mise à jour par la Ciase nous (y) oblige», a-t-il insisté.

En mars derniers, les évêques avaient déjà annoncé que l’Église voulait «assumer sa responsabilité en demandant pardon pour ces crimes et pour ces défaillances».

Plus de 200 000 victimes

Selon le rapport de la Ciase, quelque 216 000 personnes de plus de 18 ans ont fait l’objet de violences ou d’agressions sexuelles, quand elles étaient mineures, de la part de prêtres, diacres, religieux ou religieuses depuis 1950.

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En ajoutant les personnes agressées par des laïcs travaillant pour l’Église (enseignants, surveillants, cadres de mouvements de jeunesse…), ce nombre grimpe à 330 000. La commission estime par ailleurs à environ 3000 le nombre de prédateurs impliqués en soixante-dix ans.

«Première étape»

«Pour moi c’est une première étape, très importante. Maintenant on attend surtout ce qui va avoir lieu derrière, les votes et les décisions qui seront prises à l’issue de cette assemblée», a réagi Olivier Savignac, du collectif de victimes Parler et revivre.

«C’est le début du processus. Je suis soulagée d’entendre enfin la reconnaissance officielle de la responsabilité institutionnelle de l’Église […] et que cette responsabilité entraîne un devoir de justice et de réparation», s’est réjouie Véronique Garnier, une victime présente à Lourdes.

«C’est un sacré pas», a aussi jugé Jean-Pierre Sautreau, du collectif 85 de victimes vendéennes. «Quand on reconnaît cette responsabilité, on ne peut couper par la suite à l’indemnisation des victimes».

Indemnisation fonction des préjudices

La commission Sauvé a préconisé d’individualiser le calcul de l’indemnisation en fonction des «préjudices subis».

Elle s’est en outre prononcée contre un financement du fonds d’indemnisation par les fidèles, comme l’a envisagé en mars denier la CEF. La Commission Sauvé a plutôt recommandé un financement «à partir du patrimoine des agresseurs et de l’Église de France».

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