EUROPE

A Evian, Nicolas Sarkozy tend les bras à la Russie

En pleine crise financière, le président français rencontre son homologue Dmitri Medvedev pour rétablir le dialogue et la confiance.

Dans un style bien à lui, Nicolas Sarkozy a accueilli mercredi à Evian son «ami Dmitri» Medvedev dans le cadre de la World Policy Conference organisée par l'Institut français de relations internationales (IFRI) en jouant la conciliation afin de «rétablir la confiance» avec Moscou suite au «malaise» provoqué par l'intervention russe en Géorgie il y a deux mois. L'occasion pour le président russe d'annoncer formellement le retrait de ses troupes des «zones tampons» «avant minuit», un retrait constaté quelques heures plus tard sur le terrain par les autorités géorgiennes conformément à l'accord passé par Moscou avec Nicolas Sarkozy.

Saluant le fait que Dmitri Medvedev a tenu «sa parole», le président français a du coup laissé entendre que des Ossètes du Sud et des Abkhazes pourraient être associés aux discussions internationales sur le Caucase qui doivent s'engager le 15 octobre à Genève au niveau des experts. Les représentants de ces deux régions séparatistes - dont Moscou a reconnu unilatéralement l'indépendance - pourraient être présents «sans pour autant être à la table» des négociations a précisé une source diplomatique européenne citée par l'AFP.

Ce ton engageant du président en exercice de l'Union européenne fait suite à la reprise du dialogue germano-russe qui a abouti, la semaine dernière, à un accord bilatéral sur l'énergie. Il répond surtout à des gestes d'apaisements de Moscou qui constate les effets négatifs sur son économie de la logique de confrontation engagée dans le Caucase au moment où les marchés internationaux sont pris dans le tourbillon d'une crise financière sans précédent. Hier, une nouvelle fois, la bourse de Moscou a dû être fermée. Fini les bravades et les allusions à une nouvelle Guerre froide qu'elle ne craint pas. La Russie a compris que son avenir se jouait dans le rétablissement d'un dialogue raisonné avec l'Europe.

Pour ce faire, Dmitri Medvedev a prononcé un discours appelant à une nouvelle gouvernance internationale - un thème qui a dominé tous les débats d'Evian durant trois jours - pour affronter une crise financière à laquelle plus personne n'échappe et proposer un plan pour refonder l'architecture de la sécurité européenne et russe. Pour le président russe, le diagnostic est simple: aussi bien la crise géorgienne que la faillite des marchés financiers sont imputables à une logique de monde unipolaire. Les Etats-Unis sont bien sûr visés, eux qui ont poussé la Russie au crime en tentant de forcer la main des Européens pour une extension de l'OTAN à l'Ukraine et à la Géorgie et en imposant la reprise du développement d'un bouclier antimissile en Europe qui ne peut viser que la Russie. C'est du moins ce que pense le chef du Kremlin qui cherche à enfoncer un coin entre l'Europe et les Etats-Unis avec son idée de «pacte régional» pour un nouveau traité de sécurité. «Je veux être clair, a-t-il encore souligné. Nous ne sommes pas intéressés à la confrontation.»

Nicolas Sarkozy lui a répondu en reprenant en partie son analyse: «Le monde unipolaire ne résiste pas à la multiplication des crises. Nous entrons dans une nouvelle ère, celle des puissances relatives.» Lui aussi appelle à une «réforme des institutions internationales héritées d'un ordre international révolu». Le président français s'est dit prêt à discuter de l'idée russe d'un nouveau pacte de sécurité «qui irait de Vancouver à Vladivostok» dans le cadre de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) en proposant un sommet avant la fin 2009. Il a toutefois précisé que ce pacte «doit aussi associer nos amis et alliés américains. Notre sécurité repose sur un lien transatlantique fort».

Mais le président de l'Union européenne a également réitéré une idée qui fait son chemin, celle d'un «espace économique commun qui unirait la Russie et l'Europe». En soulignant l'extraordinaire transformation de la Russie depuis une décennie - «après sept décennies de nuit totalitaire» - il veut «rendre justice» à un pays que l'Europe aurait quelque peu négligé. Nicolas Sarkozy est toutefois demeuré ferme sur les principes: la riposte russe en Géorgie était disproportionnée et la reconnaissance de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud illégale. De même, tout nouveau concept de sécurité paneuropéenne doit aussi prendre en compte les valeurs dont l'Europe est porteuse: la démocratie et les droits de l'homme.

Reste à savoir si ce ton conciliant, côté européen, survivra à la présidence française. La réponse dépendra beaucoup de l'attitude russe dans la résolution du conflit du Caucase.

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