Pérou

Pour éviter la destitution, le président péruvien démissionne

Le départ de Pedro Pablo Kuczynski a été annoncé la veille d’un probable vote du Parlement pour le destituer à cause de ses liens avec le groupe Odebrecht. Le premier vice-président, Martín Vizcarra, devrait lui succéder

«Face à cette situation difficile qui me fait paraître injustement coupable d’actes que je n’ai pas commis, je pense que le mieux pour le pays est que je démissionne de la présidence de la République.» C’est ce qu’a déclaré, dans un message à la Nation mercredi, le président péruvien Pedro Pablo Kuczynski. Son annonce intervient la veille d’un probable vote du parlement pour le destituer en raison de ses liens avec le groupe brésilien de BTP Odebrecht, au cœur d’un vaste scandale de corruption.

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C’est le premier président d’Amérique latine à chuter en raison de l’énorme scandale de corruption autour du géant brésilien Odebrecht, qui a déjà poussé vers la sortie le vice-président équatorien, Jorge Glas, depuis emprisonné, et éclaboussé nombre de ministres et parlementaires brésiliens.

Cette instabilité à la tête du Pérou tombe au plus mal alors que Lima accueille dans trois semaines, les 13 et 14 avril, le sommet des Amériques où sont attendus une trentaine de chefs d’Etat, dont le président Donald Trump. Le premier vice-président, Martín Vizcarra devrait lui succéder. Egalement ambassadeur du Pérou au Canada, il se trouvait mercredi en déplacement au Québec.

Une procédure de destitution évitée

Affaibli face à un parlement contrôlé par l’opposition, «PPK» devait affronter jeudi une deuxième procédure de destitution par les députés. Fin décembre, il s’était sauvé de justesse d’une procédure similaire, mais cette fois l’opposition assurait avoir les voix nécessaires pour le faire tomber.

Ancien banquier de Wall Street, Pedro Pablo Kuczynski est accusé d’avoir menti sur ses liens avec Odebrecht: il avait affirmé n’avoir jamais eu aucune relation avec l’entreprise, mais en décembre, Odebrecht a révélé avoir versé près de 5 millions de dollars à des sociétés de consultants liées à «PPK», du temps où il était ministre.

«Je rejette catégoriquement ces affirmations qui n’ont jamais été prouvées et je réaffirme mon engagement pour un Pérou honnête, moral et juste pour tous», a assuré le président dans sa lettre de démission, qu’il a rendue publique sur son compte Twitter. «L’opposition a essayé de me dépeindre comme une personne corrompue.»

Le dirigeant s’était pourtant déclaré «serein» ces derniers jours, affirmant: «Je sais que jeudi, tout ira bien pour nous.» Il avait averti aussi que, s’il était destitué, il s’agirait alors d’«un coup d’Etat».

Des preuves de l’achat de votes de députés

Mais le principal parti d’opposition, Force populaire (FP, droite populiste), dirigé par Keiko Fujimori, fille de l’ancien homme fort du Pérou, Alberto Fujimori (1990-2000), a fait monter la pression mardi, en accusant le gouvernement, vidéos à l’appui, d’avoir acheté des votes en décembre pour éviter la destitution du président, lors de la première procédure devant le parlement. Parmi les députés mis en cause dans ces vidéos, figure Kenji Fujimori, le plus jeune fils d’Alberto Fujimori et rival de sa sœur Keiko. Dans la foulée, le parlement a lancé mercredi une procédure pour lever l’immunité de cinq députés, dont Kenji Fujimori.

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C’est justement grâce au soutien du cadet des Fujimori et de neuf autres membres de FP que le président Kuczynski avait évité la destitution en décembre.

Deux jours après, ce dernier graciait Alberto Fujimori, qui purgeait une peine de 25 ans de prison pour crimes contre l’humanité et corruption, suscitant une vague de manifestations de colère dans le pays. Il a été accusé d’avoir négocié avec Kenji pour éviter sa destitution. Les deux parties ont nié toute entente. Depuis, Kenji Fujimori a été exclu du FP en raison de désaccords avec sa sœur Keiko.

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