Amérique latine

Evo Morales, la fin d’un règne

La contestation contre le président bolivien suite à des accusations de fraude électorale grandit. L’Organisation des Etats américains commence son audit dans un climat de méfiance

Depuis deux semaines, la Bolivie est en proie à des manifestations qui ont fait deux morts et 140 blessés, suite au premier tour de la présidentielle. L’Organisation des Etats américains (OEA), chargée d’effectuer un audit concernant le processus électoral, a commencé son travail jeudi dernier dans un climat de méfiance. Il a suffi de deux jours pour que le coordinateur de la mission, Arturo Espinosa, démissionne de ses fonctions.

Le Mexicain a annoncé sur Twitter qu’il ne voulait pas compromettre l’«impartialité» de la mission. En cause: deux articles qu’il avait publiés avant le début de l’audit. Il y critiquait la volonté du président bolivien de se représenter pour la quatrième fois, alors que la Constitution ne lui permet que deux mandats. En 2016, Evo Morales avait perdu un référendum qui devait lui permettre de se représenter indéfiniment. Mais un recours auprès du Tribunal électoral suprême lui avait donné le droit de se représenter au nom des «droits humains». C’est cette même institution qui a organisé la dernière présidentielle.

Interruption douteuse

C’est l’interruption de l’affichage électronique des résultats de vote, suivi en direct par les Boliviens sur internet le 20 octobre dernier, qui met le feu aux poudres. Tout indique qu’Evo Morales va affronter Carlos Mesa, candidat centriste, lors d’un deuxième tour. A 83% du dépouillement, l’écart entre les deux candidats est inférieur à 10%, avance nécessaire pour permettre au président d’être élu dès le premier tour. Le lendemain, le Tribunal électoral suprême présente de nouveaux résultats sensiblement différents. Ils donnent à Evo Morales l’écart nécessaire pour être élu.

Le rival Carlos Mesa dénonce une fraude. Des milliers de Boliviens sortent dans la rue et mettent le feu à des locaux de vote. Les Etats-Unis parlent d’une tentative de «subversion de la démocratie» du camp d’Evo Morales. L’OEA, chargée d’observer le processus électoral, dénonce un «changement inexplicable de tendance». Il faut attendre quatre jours pour que les résultats définitifs confirment Evo Morales comme gagnant dès le premier tour avec 47,08% des voix contre 36,51% pour son opposant.

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Perte de légitimité

Evo Morales conteste toute irrégularité. C’est pour asseoir la légitimité de son élection qu’il a demandé à l’OEA d’effectuer un audit. L’opposition conteste cette démarche et demande la tenue d’un nouveau vote. «L’OEA s’est trouvée prise dans ce tourbillon politique électoral et a perdu de sa légitimité, constate Marc Hufty, professeur à l’IHEID. Le gouvernement est le seul à vouloir ce recomptage, même l’Union européenne est favorable à un second tour.»

Evo Morales voulait faire de la Bolivie une Suisse en moins de vingt ans, il pourrait laisser un pays plus proche du Venezuela, aujourd’hui aux prises avec une crise politique majeure. «Quelle que soit l’issue de cette élection, Evo Morales ne possède plus aujourd’hui le statut d’homme réformateur, analyse Marc Hufty. Personne ne conteste son bilan économique, mais ses méthodes népotistes lui ont fait perdre le soutien d’une partie de la population bolivienne. Il est temps qu’il parte.» Malgré la poursuite de la contestation et les appels à la démission du président, le gouvernement a annoncé vouloir attendre le résultat de l’audit de l’OEA d’ici à mi-novembre.

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