Bolivie

Evo Morales sollicite le peuple bolivien pour un éventuel quatrième mandat

Alors qu’une série d’affaires de corruption pèse sur le gouvernement, les Boliviens vont décider dimanche par référendum si leur président pourra ou non se représenter en 2019

Lors du dernier meeting du «non» au référendum – qui décidera dimanche si Evo Morales pourra ou non se représenter en 2019 – une effigie du président bolivien a été brûlée sur la place San Francisco, au centre de La Paz, sous les vivats de la foule. Des centaines d’étudiants et d’Indiens venus des hauts plateaux ont dénoncé Evo le «corrompu», le «traître», et même l’«assassin». Car à l’instant même où se déroulait ce meeting, un incendie déclenché dans une mairie par des partisans du Mouvements vers le socialisme (MAS, le parti au pouvoir) se terminait sur un bilan de six morts.

Si les campagnes électorales en Bolivie ne sont jamais de longs fleuves tranquilles, celle qui s’est terminée cette semaine a été particulièrement tendue. En demandant aux électeurs de changer la Constitution, ce qui lui permettrait de se présenter en 2019 pour un quatrième mandat jusqu’en 2025, Evo Morales a en effet divisé jusqu’à ses propres partisans. Eduardo, un architecte de 30 ans, a ainsi voté «plusieurs fois» pour Evo, mais maintenant, assure-t-il, c’est fini: «Il nous a lui-même fait approuver notre nouvelle Constitution, il y a sept ans, qui fixe une limite de deux mandats présidentiels. Puis il s’en est rajouté un autre sous prétexte que le premier, effectué avant ce vote, ne comptait pas. Et maintenant il veut gouverner pendant vingt ans… Ce n’est pas possible!»

Parmi les partisans du non se côtoient des jeunes recrutés sur les réseaux sociaux, des intellectuels, les représentants de la droite bolivienne, mais aussi de nombreux dissidents de gauche comme Felix Patzi, gouverneur de La Paz et ancien ministre de l’Education, qui considère que «toute volonté de s’éterniser au pouvoir dégénère automatiquement en tyrannie, que ce soit Evo ou n’importe quel autre gouvernant». Tous dénoncent la corruption du régime et sa dérive autoritaire. Même les bons résultats économiques sont remis en cause: la baisse des recettes fiscales tirées des exportations d’hydrocarbures laisse présager des années difficiles pour le pays. Une coalition hétéroclite, mais efficace: les partisans du non et du oui sont au coude-à-coude dans les sondages. «Evo Morales ou son parti ont remporté la quasi-totalité des consultations électorales depuis dix ans, mais pour la première fois ils ne partent pas favoris», remarque Ludwig Valverde, président du collège des politologues de La Paz.

Le «non», par ailleurs, a été renforcé par une série d’affaires de corruption qui se rapprochent toujours plus des premiers cercles du pouvoir. Le Fond indigène, créé par Evo Morales pour financer des projets de développement dans les régions les plus pauvres du pays, aurait ainsi détourné 180 millions de dollars. Dernier scandale en date: l’affaire «Zapata». Le 3 février, un journaliste révélait que le chef de l’Etat avait eu en 2007 un enfant avec une certaine Gabriela Zapata, alors âgée de 18 ans. Si la relation est depuis terminée, cette jeune femme a depuis été propulsée à la tête d’une entreprise chinoise qui s’est adjugé 576 millions de dollars de contrats auprès du gouvernement. De quoi alimenter tous les soupçons de trafic d’influence.

«Cette affaire Zapata est calamiteuse, car elle touche directement Evo Morales. Même ceux qui ne goûtaient pas sa politique s’accordaient jusque-là pour le trouver franc et honnête. Ce n’est plus le cas», soutient Ludwig Valverde. Reprenant une thématique qui lui avait réussi lors de son élection, en 2005, Evo Morales et son gouvernement accusent aujourd’hui l’ambassade des Etats-Unis d’être derrière toutes ces révélations, l’auteur du scoop étant qualifié d’«agent impérialiste». Mais là encore, les temps ont changé, et ces arguments n’ont aucune résonance auprès des plus jeunes électeurs.

Pour les partisans du «oui», rassemblés mercredi pour un dernier meeting, ces accusations sont le fruit d’une «guerre sale» menée par l’opposition. «Les scandales peuvent avoir des conséquences, mais les gens ne sont plus aussi bêtes qu’avant, assure David Luna, fidèle soutien d’Evo Morales. Ils peuvent voir toutes nos réalisations: les allocations pour les plus pauvres, le téléphérique de La Paz, la croissance économique… Pour moi ces dix dernières années sont les meilleures de ma vie.» Claudia Sarabia, une avocate de 30 ans, n’envisage pas une seule seconde une défaite du premier président indien d’Amérique latine: «Un de nos ministres l’a dit récemment, conclut-elle. Il y a un seul Fidel, un seul Gandhi, un seul Mandela… et un seul Evo.»

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