Les «gilets jaunes» qui tentent encore de ressusciter le mouvement qui fit trembler l’exécutif français avaient rendez-vous avec la loi ce jeudi 25 mars au Palais de justice de Paris.

Depuis le début de la semaine, huit ex-manifestants ayant participé aux violences du 1er décembre 2018 et au saccage du musée de l’Arc de Triomphe comparaissaient devant les juges pour leur rôle modeste dans cette funeste journée, soldée par le spectacle de nombreuses voitures incendiées près des Champs-Elysées. Les images avaient fait le tour du monde, ouvrant une crise politique et sociale majeure pour la présidence d’Emmanuel Macron. Résultat, deux ans après: des condamnations certes symboliques, mais des témoignages qui attestent l’engrenage de violence alors à l’œuvre. Tous ont été reconnus coupables d’être entrés par effraction dans le monument historique, inauguré en 1836 par le Roi Louis Philippe pour commémorer les victoires militaires napoléoniennes.

A voir notre vidéo de 2019: Gilets Jaunes, un an après

La plus lourde peine prononcée est de huit mois de prison avec sursis pour un jeune homme de 18 ans, originaire de Bretagne, filmé le jour de la manifestation (L’acte III de la mobilisation des «Gilets jaunes») en train de tenter de fracasser une porte du musée à coups d’extincteur. Les autres prévenus, accusés de délits mineurs (comme le vol de cartes postales, de Tour Eiffel ou d’Arc de Triomphe miniatures) devront d’acquitter d’une amende de 100 euros. Tous devront effectuer 70 heures de travaux d’intérêt général. Un jeune homme accusé de la destruction partielle d’un moulage de «La Marseillaise» a été relaxé, faute de pouvoir confirmer sa participation aux déprédations.

Aucun «meneur» présent au palais de justice

Au début du procès, lundi 22 mars, la présidente du tribunal avait montré les photos de cette journée d’affrontements. Projetées sur grand écran, elles ont confronté les accusés, pour la plupart «montés depuis la province» au spectacle l’Arc de Triomphe couvert de tags et à l’intérieur du musée «totalement saccagé» et pillé. Les dégâts ont été estimés à 1 million d’euros.

Le caractère symbolique des peines ne peut pas, néanmoins, être dissocié des témoignages durant lesquels tous les prévenus ont confirmé la violence qui s’était ce jour-là emparée du mouvement, illustrée par le tabassage en règle d’un policier et la riposte très dure des forces de sécurité. Autre leçon de ce procès: la difficulté d’appréhender les principaux responsables des émeutes lorsque celles-ci surviennent. Aucun des «meneurs» des actes de vandalisme contre l’Arc de Triomphe n’était présent au palais de justice.

Un autre épisode de grande violence était intervenu à Paris quelques mois plus tard le 1er mai 2019, lorsque des commandos Black bloc avaient affronté la police et causé des dégâts importants près du Pont d’Austerlitz, en bordure de la Seine. C’est lors de cette manifestation du 1er mai qu’un proche conseiller du président Macron, Alexandre Benalla, avait sans y être autorisé participé aux opérations de police, ouvrant la voie à sa mise en cause publique quelques mois plus tard et à une autre grave crise pour l’Elysée.

300 000 manifestants tous les samedis

Au plus fort du mouvement des «Gilets jaunes», en décembre 2018 et janvier 2019, jusqu’à 300 000 manifestants marchaient chaque samedi à travers la France pour protester contre les inégalités sociales. Déclenché par le refus d’accepter l’augmentation envisagée du prix du carburant diesel, ce mouvement avait obligé Emmanuel Macron à ouvrir, le 15 janvier 2019, un grand débat national pour consulter les Français et les élus locaux sur l’ensemble du territoire.

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Les «gilets jaunes» ont eu, dans le passé, plusieurs fois rendez-vous avec la justice en raison des violences survenues en marge de leurs manifestations. Le 29 mars 2019, l’un de leurs leaders, Éric Drouet a été condamné à 2000 euros d’amende dont 500 avec sursis pour avoir organisé – ce qu’il conteste – les manifestations non-déclarées du 22 décembre 2018 et du 2 janvier 2019. Entre novembre 2018 et mai 2019, 2000 manifestants identifiés «gilets jaunes» ont été jugés en comparution immédiate. Ils avaient pour la plupart un casier judiciaire vierge, et les peines prononcées ont souvent été des travaux d’intérêts généraux.

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La violence, lors de ce mouvement, n’a toutefois pas été l’apanage des manifestants. Les images choquantes de la répression policière ont transformé la France, durant ces mois, en «chaudron social» aux yeux du monde. 212 enquêtes internes ont été ouvertes contre des cas avérés de violences policières. 146 ont abouti à des sanctions. En juin 2020, une peine 18 mois avec sursis a été prononcée contre un policier ayant matraqué une manifestante. Près de 2500 «gilets jaunes» ont été blessés, parfois gravement, en particulier en raison de l’utilisation par les forces de l’ordre de LBD (lanceurs de balles de défense) et de grenades de désencerclement. 1800 policiers ont été blessés.

Plusieurs «gilets jaunes» étaient sur les bancs du public lors du jugement. Celui-ci a été qualifié de «mascarade» par une figure du mouvement, Jérôme Rodrigues, qui a perdu un œil lors d’une manifestation le 26 janvier 2019. La Commission d’indemnisation des victimes d’infractions (Civi) du tribunal judiciaire de Paris a, en mars 2021, décidé de lui attribuer 30 000 euros d’indemnisation provisoire.