Des milliers de Suisses vivent, travaillent ou étudient au Royaume-Uni. Le Brexit, le vote pour l’abandon de l’Union européenne (UE), pourrait avoir des conséquences sur leurs vies. Si la plupart d’entre eux ne croient pas qu’en cas de victoire des euro-sceptiques la situation des étrangers vivant sur le sol britannique changera radicalement du jour au lendemain, ils craignent que le sentiment anti-européen augmente.

«Je me suis sentie étrangère»

Céline Reynaud a 36 ans et travaille comme graphiste depuis 5 ans à Londres. Au début, au chômage, elle a pu bénéficier d’un transfert de ses prestations sociales vers le Royaume-Uni. «C’était une possibilité offerte aux Suisses vivant dans un pays de l’UE. Ce ne serait plus possible aujourd’hui, avec ou sans Brexit». Durant la campagne, elle s’est plus d’une fois sentie mal à l’aise: «Certains commentaires contre les étrangers peuvent inquiéter, faire peur même. Mais ce sont ceux que je pourrais entendre en Suisse aussi. A la différence qu’ici, c’est moi qui suis étrangère. J’ai entendu à deux trois reprises des propos qui déploraient que les Britanniques ne puissent pas trouver de poste de travail à cause de la main d’oeuvre venue d’ailleurs». En tant que Suisse, elle est parfois prise à témoin, par des partisans de l’un ou l’autre camp: «L’exemple suisse revient des deux côtés, soit positif parce qu’on se porte bien sans être dans l’UE; soit négatif, parce que nous n’avons pas notre mot à dire dans les institutions européennes». Mais Céline Raynaud ne croit pas que sa situation puisse se détériorer après le référendum: «On nous a rassurés, personne ne sera renvoyé». En revanche, elle reste prudente quant à l’issue du scrutin, «il y a deux semaines, j’aurais parié sur le maintien du Royaume-Uni dans l’UE. Aujourd’hui, j’en suis nettement moins sûre.» Mais quel que soit le résultat, elle n’envisage pas quitter la Grande-Bretagne.

Pour Laurent Christen, Londres restera une ville d’opportunités fantastiques 

Laurent Christen est depuis deux ans à la tête d’une entreprise spécialisée dans l’e-commerce qui emploie une centaine de personnes. Originaire de Flanthey en Valais, il apprécie la capitale britannique pour son dynamisme économique et commercial. Une autre ville européenne ne lui aurait pas permis de développer aussi bien son business. «Nous sommes basés au coeur de la City, London Bridge. Pour l’image de marque, pour trouver des clients, on fait difficilement mieux.» Sa boîte vend à des très grandes entreprises des plateformes et des solutions pour le payement en ligne. «Notre situation nous rend plus crédibles que si nous étions basés à Bümpliz ou à Pétaouchnok. Nos partenaires ne nous considèrent pas comme une petite start-up, mais comme une maison bien établie.» Parmi la centaine d’employés, une quarantaine vient de l’UE et de la Suisse, une dizaine du reste du monde. «Le résultat du vote, même si c’était le Brexit, ne changera rien dans l’immédiat. Deux ans, au moins, seront nécessaires pour détricoter la relation entre le Royaume-Uni et l’UE. Et dans tous les cas, il n’y aura pas de renvois.»

Laurent Christen et Céline Reynaud n’imaginent pas que Londres puissent perdre son rôle de grand pôle économique. Toutefois, en cas de Brexit, la croissance de la capitale britannique pourrait stagner, explique Laurent Christen. «Réduction de la croissance sans décroissance». Pour lui cependant qui travaille avec le monde entier, un Brexit pourrait induire des changements stratégiques: «Je ne déménagerai pas. Mais l’entreprise pourrait être amenée à ouvrir des antennes à l’étranger, en Europe par exemple. Il vaut mieux que la Grande-Bretagne reste dans l’UE. Le scénario du Brexit, c’est l’inconnu et les incertitudes. Pas bon pour le business.»