Le nombre de vols par effraction dans les voitures n’arrête pas d’augmenter en Suisse romande. Lausanne, Berne, Fribourg, Jura, les quatre polices communales et cantonales l’ont annoncé les unes après les autres la semaine dernière. Elles constatent toutes que cette augmentation s’est accentuée avec l’arrivée des premiers migrants du Printemps arabe et misent surtout sur la prévention pour endiguer le phénomène.

La police fribourgeoise a été la première à établir cette relation mardi. Elle compte 143 cas depuis janvier, contre 35 en 2011 à la même période. Au cours de son opération Eden, en mars et en avril, elle a interpellé 66 ressortissants d’Afrique du Nord logés dans des centres de requérants de la région.

«La problématique des vols par effraction dans les voitures s’inscrit dans le phénomène plus large de la hausse de la criminalité nord-africaine constatée à la fin du printemps 2011», note Donatella Del Vecchio, porte-parole de la police. Ces personnes sont aussi les auteurs de vols simples et à l’étalage, de lésions corporelles, de menaces, d’infractions à la loi sur les stupéfiants, etc.»

«Nous pouvons supposer que, dans le cas des révolutions d’Afrique du Nord, les frontières sont devenues plus perméables, ajoute Donatella Del Vecchio. Parmi la population migrante, on peut imaginer qu’il y ait des gens qui ont commis des infractions dans leur pays. Attention, nous ne sommes pas des spécialistes des flux migratoires. C’est une appréciation que nous relayons.»

A Lausanne, la police a enregistré 905 vols par effraction dans les voitures en 2010 et 1516 en 2011. En 2012, elle en compte déjà 280 par mois. «Deux tiers des 57 personnes interpellées sont des ressortissants du Maghreb», note Jean-Philippe Pittet, porte-parole de la police municipale. Mais on ne l’y prendra pas à établir un lien de cause à effet avec le Printemps arabe. Retenue identique à Berne. La police cantonale a enregistré 600 cas en quatre mois, contre 1300 sur toute l’année 2011. Avec une telle progression, le chiffre de 1800 se profile pour tout 2012.

«Les causes de cette augmentation sont multiples», explique le porte-parole, Nicolas Kessler. Lui aussi indique que «parmi les 23 personnes interpellées, une majorité sont des requérants d’asile d’Afrique du Nord. Mais ce ne sont pas eux qui ont commis les 600 délits.»

La police bernoise a remarqué ces derniers mois une augmentation de délits à proximité de certains centres de requérants: cambriolages, vols à l’arraché, effractions dans les véhicules. «Les mesures prises par le canton dans ces centres tendent vers une amélioration de la situation», ajoute Nicolas Kessler.

Le phénomène est identique dans le Jura. Chef de la police cantonale, Olivier Guéniat constate un triplement des vols dans les voitures, par effraction ou non, et des vols à la tire, depuis trois ans. De 12 par mois en 2009 et 17 en 2010, le Jura est passé à 39 en décembre 2011 et 47 en avril 2012.

«Il faut un peu nuancer l’analyse que cette hausse est due avant tout au Printemps arabe, dit-il. Elle s’est accrue l’été dernier à l’arrivée des premiers migrants, mais avait débuté en 2010 déjà.» S’il s’agit en majorité de requérants, les auteurs des infractions sont aussi des toxicomanes et des délinquants d’autres cantons et de France.

Mais pourquoi ces migrants s’en prennent-ils aux voitures et commettent d’autres larcins? La réponse est simple pour Olivier Guéniat: les sommes octroyées par les cantons «ne suffisent même pas pour trois cafés». Le système des jours-amendes, d’abord avec sursis, n’est pas non plus dissuasif.

«Attention aux raccourcis», tempère Evi Kassimidis, de l’Etablissement vaudois d’accueil des migrants (EVAM). «Comme lors de toute nouvelle vague de migration, vu la tension autour du domaine de l’asile, on a un peu tendance à vite tout mettre sur le dos des néo-arrivants.»

«Cette hausse s’est accrue l’été dernier à l’arrivée des premiers migrants, mais avait débuté en 2010 déjà»