DANS L’APPARTEMENT Une explosion a retenti samedi matin (début de soirée heure suisse) dans l’appartement piégé du tueur d’Aurora. Les autorités avaient annoncé qu’elles allaient procéder à une série d’«explosions contrôlées» via un robot téléguidé. Des dizaines de membres des forces de l’ordre ont investi l’appartement. Des photos de l’intérieur ont permis d’identifier des bocaux remplis de munitions au sol, «des objets qui ressemblent à des obus de mortier», ainsi que des câbles métalliques apparemment connectés à des bouteilles en plastique contenant un liquide indéterminé. Le robot a pu placer un tube près de l’installation artisanale et se mettre à l’abri pour le faire exploser à distance. «Ces pièges étaient sans aucun doute destinés à tuer et blesser les premières personnes entrant dans l’appartement», a confié une source policière. La police d’Aurora n’a pas indiqué si l’auteur présumé de la tuerie de vendredi avait parlé après son arrestation le jour même.

L’ARRESTATION C’est le suspect lui-même qui a averti la police que son appartement était piégé et contenait des explosifs. Il a fait cette déclaration après avoir été interpellé sur le parking du cinéma, suite à la fusillade, dans sa voiture, en possession d’un masque à gaz, d’un fusil et d’un pistolet. Le tireur présumé n’avait alors pas opposé de résistance.

LE SILENCE Ni Barack Obama ni son adversaire républicain Mitt Romney n’ont appelé à un contrôle plus poussé des armes à feu dans leurs discours respectifs vendredi et samedi. Les responsables politiques américains en faveur d’un encadrement plus poussé se manifestent plutôt dans des régions urbaines des Etats-Unis, comme le maire indépendant de New York, Michael Bloomberg, qui a exprimé son agacement après la fusillade d’Aurora. En vingt ans, le pourcentage d’Américains qui soutiennent des lois «plus sévères» envers les acquéreurs d’armes à feu a nettement baissé, passant de 78% en 1990 à 44% en 2010. 32% des foyers américains possèdent une arme à feu. La perte d’influence des partisans du contrôle se traduit aussi financièrement. Les revenus du Brady Center, l’organisation la plus importante pour un contrôle, atteignaient 5,9 millions de dollars en 2010, alors que la National Rifle Association (NRA), le lobby le plus connu du camp opposé, a réuni 253 millions de dollars la même année.

LES PROTESTATIONS Plusieurs journaux, comme le «LA Times» ou le «Wall Street Journal» rappelaient samedi combien le droit de porter une arme est une question émotionnelle et vive aux Etats-Unis. Et combien il en a coûté au candidat démocrate Al Gore, de réclamer une réglementation plus sévère, durant sa campagne présidentielle, en 2000. D’autres éditoriaux, comme celui du «San Francisco Chronicle» s’insurgent: «La vraie tragédie insensée, écrit en substance le journal californien, ce n’est pas le massacre d’Aurora/Denver, mais le fait que nos dirigeants n’aient pas le courage d’agir. Des lois fédérales plus strictes sur le contrôle du port d’armes n’empêcheraient pas tous les assassins de sévir, mais elles rendraient moins facile l’acquisition d’un arsenal par un homme de 24 ans.»

LES PRÉCÉDENTES FUSILLADES Ces dernières années, les tueries comme celle de l’avant-première de «Batman» semblent s’être multipliées. Pour un historique, complet des tragédies de ces 20 dernières années, voir le site du journal français Le Monde.