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Theo Francken, le secrétaire d’Etat belge à la Migration.
© FRANCOIS LENOIR/REUTERS

Migrations

Des expulsions contestées ébranlent le gouvernement belge

Les nationalistes flamands menacent de quitter la coalition au pouvoir à Bruxelles

Pas question de lâcher Theo Francken, le secrétaire d’Etat à la Migration. Si l’un des partis de la coalition fédérale belge réclame la démission de ce responsable de plus en plus contesté, c’est l’Alliance néo-flamande (N-VA, nationaliste) tout entière qui quittera le gouvernement de Charles Michel, provoquant ainsi sa chute.

Dimanche 7  janvier, Bart De Wever, maire d’Anvers et président de la N-VA, le premier parti du royaume, a clairement menacé de déclencher une crise politique si Theo Francken, l’homme politique le plus populaire de Flandre et son successeur probable à la tête de la formation indépendantiste, continue à être la cible des critiques pour sa politique sans concession. Et pour un épisode en particulier: le renvoi vers Khartoum, il y a quelques semaines, de migrants qui auraient depuis été arrêtés et maltraités, voire torturés.

Connu pour bafouer les droits de l’homme

Le dossier, révélé par l’Institut Tahrir, une ONG qui œuvre pour la démocratie au Moyen-Orient, est d’autant plus embarrassant pour le gouvernement que ces expulsions ont été précédées de la venue en Belgique, en septembre  2017, d’une délégation soudanaise invitée par Theo Francken dans le cadre d’une «coopération technique». Ces agents issus d’un Etat connu pour bafouer les droits de l’homme étaient chargés, en réalité, d’identifier des migrants soudanais désireux pour la plupart de gagner la Grande-Bretagne, et l’Office belge des étrangers, qui statue à la fois sur les demandes d’asile et les expulsions, a validé le renvoi des clandestins. Son directeur, Freddy Roosemont, conteste aujourd’hui la validité des témoignages recueillis par l’Institut Tahrir.

Theo Francken, qui exerce la tutelle sur l’Office des étrangers, a défendu les décisions de celui-ci mais il a, surtout, dissimulé une partie des informations dont il disposait à Charles Michel, le libéral francophone qui dirige la coalition avec la N-VA ainsi que les chrétiens-démocrates et les libéraux flamands. Coutumier des propos à l’emporte-pièce, le secrétaire d’Etat n’avait par ailleurs pas hésité à qualifier d’«absurde» la décision du premier ministre d’empêcher toute nouvelle expulsion vers le Soudan jusqu’à la fin janvier. «Absurde», mais pas inutile, a toutefois révélé un journal: contrairement à ce qu’affirmait Theo Francken, une autre vague d’expulsions était bien prévue à la mi-janvier. Ce dernier soutient que, dans ce cas, ses services ne l’avaient pas mis au courant.

Les excuses finalement présentées par le nationaliste flamand n’ont pas calmé l’opposition, qui lui reproche ses mensonges et réclame sa démission. A la fin décembre 2017, le parti chrétien-démocrate flamand, partenaire de la coalition, accusait lui aussi Theo Francken de dissimulation et s’interrogeait sur son maintien en fonction. Karel De Gucht, ex-commissaire européen et figure tutélaire des libéraux flamands (autres membres du gouvernement Michel), estime pour sa part que le secrétaire d’Etat est «politiquement, idéologiquement et humainement inapte». Au sein même du Mouvement réformateur, le parti du chef du gouvernement, on notait le propos de l’eurodéputé Gérard Deprez: «Avec Francken, nous avons atteint la limite de l’acceptable.»

Un appel à rejeter les «simplismes»

Les milieux culturels et syndicaux ont pris le relais. Le 2 janvier, les cinéastes Jean-Pierre et Luc Dardenne, doubles lauréats de la Palme d’or à Cannes, ont ainsi évoqué, dans une tribune, «une situation très grave» et appelé Charles Michel à faire démissionner son encombrant secrétaire d’Etat. Philippe Van Muylder, secrétaire général du syndicat FGTB à Bruxelles, rappelle quant à lui que le programme du gouvernement Michel évoquait la nécessité de «promouvoir l’universalité des droits de l’homme au niveau multilatéral».

A l’issue de la trêve de Noël, Charles Michel a réagi sur Facebook, appelant le 2 janvier au rejet «des simplismes et des caricatures». Prônant une politique «humaine mais ferme» et soulignant que le royaume assumait une part importante de l’effort européen d’accueil, il a promis une enquête indépendante sur le cas des Soudanais. Elle a été confiée au Commissariat aux réfugiés, un organe indépendant qui n’a, à ce stade, pas démarré ses travaux.

Charles Michel a précisé lundi 8 janvier que le but n’était pas de savoir s’il convenait de faire démissionner Theo Francken, mais de «tirer des leçons pour l’avenir». De quoi conforter ceux qui pensent, tel le politologue flamand Carl Devos, que Theo Francken est en réalité intouchable. «La N-VA continuera à le soutenir», estime-t-il, qualifiant l’enquête de «gadget».
En intervenant dans le débat, le président de la N-VA, Bart De Wever, n’a finalement fait que confirmer un diagnostic posé de longue date: il est le seul vrai patron de cette coalition, sur laquelle il exerce un droit de vie et de mort.

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