La Cour suprême du Brésil a donné son feu vert à l’extradition vers son pays, l’Italie, de l’ancien militant d’extrême gauche Cesare Battisti. Mais elle a a décidé que c’est le président Luiz Inacio Lula da Silva qui aurait le dernier mot. Lula n’a pas dit dans quel sens il déciderait mais a laissé entendre qu’il était opposé à l’extradition de Battisti, 54 ans, condamné à perpétuité par contumace en Italie pour quatre meurtres commis dans les années 1970.

Débat enflammé

«La décision de procéder à l’extradition ou non appartient au président de la République», ont estimé cinq des juges, contre quatre d’un avis contraire, lors d’un débat enflammé. En revanche, le juge rapporteur du cas, Cezar Peluso a affirmé qu’une éventuelle décision de Lula de ne pas extrader Battisti serait «un délit international» et «le non-respect injustifié d’un traité», celui qui lie le Brésil et l’Italie.

Auparavant, la plus haute instance judiciaire brésilienne avait approuvé par cinq voix, dont le président de la Cour Gilmar Mendes, l’extradition vers l’Italie de Battisti, contre quatre qui y étaient opposés. «Certains types de délits, même s’ils ont des objectifs politiques, ne peuvent être considérés comme des crimes politiques. Sinon, on pourrait arriver à avoir des cas de viols, de pédophilie ou de torture traités comme des crimes politiques», a argué le juge Mendes, rejetant le fait que Battisti puisse être considéré comme réfugié politique.

Tension diplomatique

Le Brésil avait accordé en janvier à l’ancien militant le statut de réfugié politique, provoquant une forte tension diplomatique avec Rome. L’Italie qui réclame Battisti a immédiatement exprimé sa «grande satisfaction» par la voix du ministre des Affaires étrangères, Franco Frattini, qui a réclamé qu’elle soit «exécutée immédiatement».

Mais, même si Lula donnait un feu vert définitif à l’extradition de Battisti, un autre obstacle peut survenir: l’ancien militant pourrait être jugé au Brésil pour falsification de documents et faux passeport, et purger sa peine dans le pays en cas de condamnation.

L’ancien militant italien d’extrême gauche s’est réfugié dans les années 1980 en France et s’est enfui au Brésil en août 2004 pour échapper à une extradition vers l’Italie. Arrêté en 2007 à Rio de Janeiro, il est depuis emprisonné à Brasilia.

Battisti, qui nie les meurtres, a entamé une grève de la faim en prison depuis six jours et affirme qu’il «ne retournera pas vivant en Italie». Maigre et abattu selon des témoins cités par le journal Folha de Sao Paulo, l’ancien militant a reçu mardi le soutien de dix-sept parlementaires dans sa prison.