«La réunion sur le Yémen était mal préparée»

Genève Le ministre Ezzadin Saeed Alasbahi décrit les raisons de l’échec des pourparlers

A Genève, la semaine dernière, des discussions sur le Yémen se sont achevées sans aucun résultat et sans même que les adversaires (membres du gouvernement et rebelles houthistes) acceptent de se rencontrer. Le climat était à ce point tendu que les responsables gouvernementaux ont refusé de répondre publiquement à toute question. Membre de la délégation officielle, le ministre Ezzadin Saeed Alasbahi s’est néanmoins prêté au jeu de l’interview.

Le Temps: Les négociations de Genève ont échoué. Vous vous y attendiez?

Ezzadin Saeed Alasbahi: Les conditions pour une réussite n’étaient pas réunies. Cela aurait nécessité davantage de préparation et, peut-être, une meilleure compréhension de la situation de la part de l’envoyé spécial de l’ONU (le Mauritanien Ismaïl Ould Cheikh Ahmed, ndlr). La première phase du processus avait consisté, il y a deux ans, à rassembler toutes les composantes de la société yéménite au sein d’un dialogue national. Mais à présent, les choses sont devenues complètement différentes.

– Dans quel sens?

– Nous sommes en présence d’un coup d’Etat. Des factions armées (les houthistes du groupe Ansar u Allah) ont envahi la capitale du pays et pris le contrôle des institutions de l’Etat. La nouvelle mission n’est par conséquent plus la même: il s’agit aujourd’hui de faire appliquer la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU qui, sous le chapitre VII (qui peut donc signifier un recours à la force), réclame à ce groupe d’arrêter les combats, de se retirer des villes, de libérer les prisonniers et de déposer les armes. Il n’y a pas besoin d’inventer d’autres choses. C’est sur cette résolution 2216 que nous devons nous baser.

– Dans ces conditions, pour quelle raison le médiateur de l’ONU n’a-t-il pas distribué plus clairement les responsabilités?

– Il l’a fait, mais seulement entre les lignes, de manière diplomatique. Nous avons constitué un gouvernement de technocrates. Nous ne sommes pas là pour représenter tel ou tel parti politique et pour tirer gloire d’un éventuel retour à la paix. Notre seul objectif est de relancer le processus politique et d’instaurer l’autorité de l’Etat.

– L’opposition présente pourtant les membres de votre gouvernement comme de simples marionnettes dans les mains des Saoudiens. Après tout, vos collègues et vous êtes exilés à Riyad…

– Ce sont les houthistes qui ont donné à l’Arabie saoudite l’occasion d’intervenir en lançant des missiles sur le territoire saoudien ou en multipliant les escarmouches à la frontière. Mais les discussions de Genève ne concernaient que les Yéménites. Les Saoudiens, comme les autres membres du groupe des Seize, se comportent comme des amis et des conseillers.

– A l’inverse des Occidentaux ou de certains pays arabes, l’Iran ne fait pas partie de ce groupe d’Etats qui parraine les négociations. Pourquoi?

– C’est à l’envoyé spécial de consulter également ce pays s’il le souhaite. Mais notre président, Abd Rabbuh Mansur Hadi, n’y est pas favorable. Toute intervention extérieure est mauvaise dans ce processus.

– Quel est, aujourd’hui, le plus grand problème auquel doit faire face le Yémen?

– Le danger est partout. Mais, que ce soit de manière consciente ou inconsciente, les houthistes ont déchiré ce qui faisait l’unité sociale du pays. A présent, nous avons dépassé la question des différences politiques pour entrer dans un conflit religieux qui, à son tour, va renforcer les séparations géographiques. Il faut que l’Occident s’engage à nos côtés pour éviter que cet engrenage s’accélère. Car, aux prises avec l’extrémisme chiite ou sunnite, ce pays plongera pour de bon en enfer.

– En bout de course, les terroristes d’Al-Qaida sortiront-ils gagnants de ce conflit?

– Ce n’est pas vrai que les houthistes luttent contre Al-Qaida. Ils affirment que le terrorisme s’étend au Yémen, mais ce n’est pas davantage le cas que dans d’autres pays arabes. C’est en réalité un ennemi bien pratique, qui sert à justifier leurs agissements. Si les houthistes continuent leurs ravages, cela va encourager la création d’autres groupes extrémistes. La seule manière de lutter contre Al-Qaida, c’est de mettre fin à cette guerre qui se fonde sur des critères religieux.