Les autorités françaises auront-elles le courage de «tout dire» sur la tragédie de Nice et sur son auteur, le Tunisien Mohamed Lahouaiej Bouhlel? La question, a priori, ne devrait pas être posée. Le parquet antiterroriste dirigé par le respecté procureur François Molins a démontré, face aux attentats de janvier et de novembre 2015, sa volonté d’information objective du public.

Comment expliquer, alors, ce doute qui commence à s’installer, attisé par les accusations de l’ancien maire de Nice, Christian Estrosi, des dirigeants de la droite traditionnelle, et de la présidente du Front national, Marine Le Pen? La vérité est que, mises bout à bout, les 230 personnes tuées par des terroristes depuis janvier 2015 disent aujourd’hui une réalité de plus en plus dérangeante: si la France est bel et bien une cible prioritaire de Daech, en raison de ses engagements militaires en Afrique et au Moyen-Orient, elle est aussi, après six mois d’état d’urgence, comptable de ses propres fractures et de ses aveuglements.

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Une partie de la jeunesse enflammée par Daech

La première fracture, comme le montre bien le reportage à Nice de nos envoyés spéciaux, est l’abandon de fait d’un grand nombre de quartiers où une partie de la jeunesse musulmane est la proie des recruteurs islamistes. Il ne s’agit pas de dire que Daech fait la loi dans ces zones périphériques rongées par le chômage et les trafics. Au contraire. Beaucoup, musulmans ou non, s’y battent avec succès pour éviter le pire. Mais il ne suffit pas de six mois de mesures d’exception pour refermer des brèches ouvertes au fil des ans. Qu’un déséquilibré puisse, ou non, «rapidement se radicaliser» est révélateur. Enflammée par la propagande de Daech, une partie de la jeunesse française et immigrée – celle qui tente aujourd’hui de partir pour le djihad – est prête à retourner sa haine contre la République par tous les moyens.

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La seconde fracture est sécuritaire et politique. Qu’on le veuille ou non, Marine Le Pen a raison lorsqu’elle affirme que dans d’autres pays, le ministre de l’Intérieur aurait proposé sa démission après une telle tragédie. On ne peut pas oublier que ce 14 juillet était le dernier du quinquennat de François Hollande. Ni que le président est, déjà, en campagne pour un éventuel second mandat, malgré des sondages absolument calamiteux. Le risque est donc grand que la vérité soit sacrifiée, ou arrangée, sur l’autel des règlements de compte politiciens, comme le craignent de plus en plus de policiers et de gendarmes. A ce stade, et pour éviter la gangrène d’une suspicion généralisée, l’exécutif doit absolument faire preuve d’une irréprochable transparence.