Parer aux menaces terroristes, gérer les mouvements de foule et contrer l'extrême violence des hooligans: le défi sécuritaire de cet Euro 2016 s'annonçait très sérieux et les affrontements survenus à Marseille entre fans anglais et russes sont en train de le confirmer.

Une inquiétude qui sera de nouveau mise à l'épreuve ce dimanche, lors du match à haut risque Turquie-Croatie au Parc des Princes, à Paris. «Le risque majeur, c'est l'étirement des forces de l'ordre, confirme au Temps le criminologue Alain Bauer. Plus les policiers sont mobilisés pour assurer la sécurité des stades, moins ils sont en position d'intervenir là où les échauffourées entre supporters se déroulent».

Fermer les frontières n'est déjà pas envisageable en période normale, alors espérer que l'on peut contrôler tout le monde durant l'Euro relève de l'illusion.

Résultat: un très bon déroulement des rencontres depuis le match d'ouverture France-Roumanie à Saint Denis vendredi soir, mais des craintes de voir les centre-villes s'embraser, comme cela a été plusieurs fois le cas lors des mouvements sociaux à l'initiative des collectifs «Nuit Debout» et de la CGT. S'y ajoute l'obstacle logistique lié à l'interdiction du territoire de plus d'un millier d'agitateurs violents connus en Europe pour leurs faits passés de hooliganisme: «Fermer les frontières n'est déjà pas envisageable en période normale, alors espérer que l'on peut contrôler tout le monde durant l'Euro relève de l'illusion», explique un responsable du Centre de coordination anti-hooligans installé à Lognes, près de Paris.

Repérer les groupes de fans violents

Le rôle dévolu à ce centre qui dirige l'activité de 180 policiers spécialisés en provenance des 23 pays en compétition est avant tout de repérer les groupes de fans violents, et de les interpeller avant qu'ils ne passent à l'acte. 130 policiers sont ainsi déployés dans les dix villes où ont lieu les rencontres, accompagnés de leurs collègues français seuls habilités à procéder aux interpellations. Problème: la multiplication des menaces engendrée par les attentats terroristes survenus le 13 novembre à Paris et le 22 mars à Bruxelles complique sérieusement la tâche de la division nationale anti-hooligans dirigée par le commissaire Antoine Boutonnet.

Même si ce dernier s'est montré rassurant après les affrontements violents de vendredi et samedi à Marseille, estimant qu'il «n'y a pas de constat d'échec», les syndicats policiers ont aussitôt rappelé leur inquiétude, dans le contexte d'épuisement généralisé de leurs effectifs. Un responsable du syndicat Alliance, contacté samedi par «L'Equipe», a redit la difficulté engendrée par l'état d'urgence en vigueur depuis le 13 novembre: «On ne distingue pas assez entre les contraintes sécuritaires et les nécessités d'intervention, a-t-il expliqué. La vigilance autour des stades, pour décourager d'éventuels attentats, peut être assurée par des agents privés ou par des militaires. La lutte anti-hooligans, en revanche, ne peut être que le fait de policiers expérimentés, capables de s'interposer en pleine rue, alors qu'une partie de la population est exposée aux actes de violence». Selon les chiffres du ministère français de l'Intérieur, 77 000 policiers et gendarmes sont mobilisés pour sécuriser la compétition, assistés par environ 10 000 soldats chargés de patrouiller dans les lieux publics, et de 20 000 agents de sécurité privés.

Le groupe de la Suisse n'est pas jugé «inquiétant»

Les matches du groupe de la Suisse (France, Roumanie, Albanie) ne font pas partie des rencontres jugées «inquiétantes» par le centre de Lognes, avec lequel l'attaché de sécurité de l'Ambassade helvétique à Paris est en contact constant. Les supporters de l'équipe albanaise sont connus pour s'être livrés dans le passé à des violences, mais seulement à l'occasion de matches opposant leur équipe nationale à la Serbie, sur fond d'éclatement de l'ex-Yougoslavie et d'indépendance du Kosovo. Le match Serbie-Albanie d'octobre 2014 avait même dû être interrompu suite à l'intrusion de supporters serbes sur le terrain.

Le tribunal arbitral du sport avait concédé la victoire à l'Albanie par forfait. Idem pour les supporters roumains, responsables de violence lors du match de qualification pour l'Euro 2016 contre la Hongrie en septembre 2015. «Comparé au groupe B (Angleterre-Russie-Pays de Galles-Slovaquie), au groupe C ( Allemagne, Ukraine, Pologne, Irlande du Nord) ou au groupe D (Espagne, République Tchèque, Turquie, Croatie), le groupe A n'est pas considéré comme problématique», confirmait la coordination anti-hooligans avant l'ouverture de l'Euro 2016.

Un autre accusé, si la situation devait dégénérer, serait sans doute l'UEFA, qui a encore augmenté pour cette édition le nombre de pays en compétition. Seize équipes étaient en lice lors du précédent championnat d'Europe en 2012, co-organisé par l'Ukraine et la Pologne. Elles n'étaient que huit en 1984, lorsque la France avait déjà organisé l'Euro, remportant in fine le trophée.