Après neuf jours de protestations contre la mort de Mahsa Amini, le président Ebrahim Raïssi a appelé samedi les forces de l’ordre à agir «fermement» contre les manifestants en Iran. Plus de 40 personnes ont déjà été tuées dans ce mouvement de contestation suite au décès de la jeune femme arrêtée par la police des mœurs pour «port inapproprié des vêtements» le 13 septembre et décédée le 16.

Qualifiant les protestations «d’émeutes», Ebrahim Raïssi, un ultraconservateur, a appelé «les autorités concernées à agir fermement contre ceux qui portent atteinte à la sécurité et la paix du pays et du peuple». Le ministère des Affaires étrangères à Téhéran a lui mis en cause les Etats-Unis, ennemi juré de l’Iran, dans les troubles.

Des manifestantes tête découvertes

Samedi soir, les manifestations ont encore touché plusieurs villes d’Iran, y compris la capitale Téhéran où une vidéo virale a montré une femme marchant la tête découverte et agitant son voile en pleine rue. En République islamique d’Iran, les femmes doivent se couvrir les cheveux et le corps jusqu’en dessous des genoux et ne doivent pas porter des pantalons serrés ou des jeans troués, entre autres.

En images: Après la mort de Mahsa Amini en Iran, une émotion mondiale

Des images virales des manifestations ces derniers jours ont montré des Iraniennes brûlant leur foulard. Le parti réformateur de l'«Union du peuple de l’Iran islamique» a appelé l’Etat à annuler l’obligation du port du voile et à libérer les personnes arrêtées.

Après l’arrestation de plus de 700 personnes depuis le début des protestations, le ministre iranien de l’Intérieur Ahmad Vahidi a appelé à poursuivre en justice «les principaux auteurs et meneurs des émeutes». Comme il y a deux jours, une manifestation en faveur du gouvernement est en outre prévue dimanche après-midi à Téhéran, à l’appel des autorités.

Tirs à balles réelles

Les autorités nient toute implication dans la mort de Mahsa Amini, 22 ans et originaire de la région du Kurdistan (nord-ouest). Mais depuis son décès, des Iraniens en colère descendent tous les jours à la tombée de la nuit dans la rue pour manifester. Ces manifestations sont les plus importantes depuis les protestations de novembre 2019, provoquées par la hausse des prix de l’essence, en pleine crise économique, qui avaient touché une centaine de villes en Iran et été sévèrement réprimées (230 morts selon un bilan officiel, plus de 300 selon Amnesty International).

Les manifestations sont marquées par des affrontements avec les forces de sécurité et par des slogans hostiles au pouvoir, selon médias et militants. Depuis plusieurs jours, des vidéos en ligne montrent des scènes de violence à Téhéran et dans d’autres grandes villes comme Tabriz (nord-ouest). Amnesty International accuse les forces de sécurité de tirer «délibérément (…) à balles réelles sur des manifestants», appelant à une «action internationale urgente pour mettre fin à la répression».

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Selon le bilan non détaillé du gouvernement iranien, incluant manifestants et forces de l’ordre, 41 personnes ont été tuées en neuf jours de protestations. Mais il pourrait être plus lourd, l’ONG Iran Human Rights basée à Oslo faisant état d’au moins 54 manifestants tués. Selon le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) basé aux Etats-Unis, 17 journalistes ont aussi été arrêtés en Iran depuis le début des protestations.

Les connexions internet sont toujours perturbées dimanche, avec le blocage de WhatsApp et Instagram. NetBlocks, un site basé à Londres qui observe les blocages d’internet à travers le monde, a également fait état de celui de Skype.

Des ambassadeurs convoqués

Dimanche, le ministère des Affaires étrangères a convoqué séparément les ambassadeurs du Royaume-Uni et de Norvège: le premier, pour protester contre l’hébergement de chaînes de télévision qui «incitent aux émeutes» en Iran et le second pour dénoncer «les ingérences» du chef du Parlement norvégien dans les affaires iraniennes.

La mort de Mahsa Amini a provoqué une émotion mondiale et un mouvement de soutien aux femmes iraniennes. A l’étranger, des manifestations soutenant les manifestations en Iran ont eu lieu dans plusieurs pays samedi, notamment au Canada, aux Etats-Unis, au Chili, en France, en Belgique, aux Pays-Bas et en Irak, pays voisin de l’Iran.

Les manifestants ont aussi eu une nouvelle fois le soutien du réalisateur iranien Asghar Farhadi, deux fois oscarisé, qui a exhorté les peuples du monde à «être solidaires» des protestataires en Iran et salué les «femmes courageuses qui mènent les manifestations pour réclamer leurs droits» dans un message sur Instagram.