«La sécurité de la Roumanie est due à notre option ferme d'adhésion à l'OTAN et à l'Union européenne, affirme le président roumain Emil Constantinescu. Il n'y a pas d'autres choix stratégiques, que ce soit des demi-mesures ou une neutralité sans contenu.» Trois semaines après le début des frappes aériennes de l'Alliance atlantique en Yougoslavie, le chrétien-démocrate Constantinescu apparaissait vendredi soir sur les écrans des télévisions roumaines avec un message très appuyé de soutien à l'OTAN. Cette déclaration publique en dit long sur l'inquiétude des autorités roumaines quant au basculement de l'opinion publique du côté serbe. Si le désir d'adhérer à l'OTAN reste valable pour la majorité des Roumains, le prolongement de l'intervention militaire en Yougoslavie et l'absence de perspectives claires quant au règlement du conflit leur posent de sérieux problèmes.

«La décision du parlement yougoslave d'adhérer à l'Union de la Russie et de la Biélorussie risque de créer une nouvelle source d'instabilité dans cette zone», avertit Constantinescu. Le président s'inquiète également du discours officiel biélorusse qui accuse la Roumanie «d'avoir trahi la cause du panslavisme». Le ton commence à monter à Bucarest pour montrer que la Roumanie n'acceptera pas de se laisser entraîner dans le bourbier balkanique. Cette fragile démocratie, qui a réussi à régler le problème ethnique en associant la minorité hongroise au gouvernement, ne veut pas brader sa stabilité au nom d'un «panslavisme» qui lui est étranger.

Le ministre roumain de la Défense, Victor Babiuc, monte, lui aussi, le ton à l'encontre du régime de terreur instauré par Milosevic en Yougoslavie. Selon lui, l'objectif prioritaire de la Roumanie reste aussi l'intégration à l'OTAN et à l'Union européenne. Ce rappel des engagements pro-occidentaux de la Roumanie semble préparer l'opinion publique à une implication plus consistante dans le conflit yougoslave. La presse roumaine évoque déjà un éventuel survol de l'espace aérien roumain par l'aviation alliée.

Pourtant, la remise en question du principe de souveraineté depuis l'intervention des forces alliées en Yougoslavie ne rassure pas la population. Non membre de l'OTAN, mais son candidat le plus fervent, la Roumanie a plus que jamais besoin de garanties de sécurité que Washington ne se presse pas de lui donner. L'absence d'un engagement résolu de l'Alliance atlantique concernant l'intégration de la Roumanie risque de renforcer les mouvements nationalistes déjà très actifs en ces temps de guerre. Le discours du président Constantinescu semble s'adresser aussi bien à Washington qu'à la population roumaine. Pourvu qu'il soit entendu!