Royaume-Uni

Face au Brexit, les Britanniques inquiets des conséquences économiques

A un mois du référendum, le camp pour rester au sein de l’Union européenne progresse, jouant sur la peur des retombées économiques négatives de la sortie

Après le poulet aux petits légumes et les pâtisseries, la quarantaine de chefs d’entreprise et cadres dirigeants se sont bien calés dans leur siège pour écouter les deux conférenciers: l’un en faveur d’une sortie de l’Union européenne, l’autre pour le maintien. L’événement, organisé mercredi à Nottingham, dans les Midlands, par l’Institute of Directors, un groupe patronal, réunissait des patrons de très petites entreprises, la plus grosse d’entre elles comptant une centaine d’employés. Les autres étaient des consultants ou des chasseurs de têtes.

A la fin, un vote à main levée a donné un résultat relativement clair: 60% étaient pour rester, 40% pour sortir. Le référendum aura lieu le 23 juin. «C’est vraiment difficile de se faire une idée claire, parce qu’on est bombardé d’arguments contradictoires, mais je crois qu’il vaut mieux rester, c’est plus sûr», estime Charlotte Baker. Elle travaille dans une firme de six employés qui aide les entreprises de BTP à améliorer leurs pratiques environnementales. Elle rappelle que les normes du secteur sont européennes et que tout réécrire serait très compliqué. De plus, les entreprises qu’elle conseille dépendent très largement d’une main-d’œuvre venant d’Europe de l’Est, qui bénéficie actuellement de la libre circulation au sein de l’UE.

Comme pour cette entrepreneure, les craintes économiques d’un éventuel Brexit semblent de plus en plus dominer la campagne du référendum pour rester ou sortir de l’Union européenne. Les sondages donnent désormais une avance significative aux partisans de rester dans l’UE: 53% pour le remain en moyenne sur les sept derniers jours, contre 47% pour le leave. Après plusieurs semaines où les résultats se tenaient dans un mouchoir de poche, cet écart pourrait être le signe d’un basculement de la campagne.

John Curtice, professeur à l’université de Strathclyde, avertit qu’il faut prendre ces résultats avec précaution. Mi-avril, le remain bénéficiait déjà de la même avance, avant de perdre du terrain. De plus, les sondages par Internet demeurent très serrés, tandis que ceux par téléphone indiquent un écart fort entre les deux camps, sans que personne ne sache vraiment expliquer le phénomène.

Néanmoins, la dynamique est du côté des partisans pour rester dans l’UE. Le principal facteur: la peur économique. Depuis des mois, toutes les institutions britanniques, mais aussi internationales, le répètent: un Brexit coûterait cher en termes de croissance. Si le FMI, l’OCDE, la Banque mondiale, le Trésor britannique, la Banque d’Angleterre et les agences de notation ne sont pas d’accord sur l’ampleur du choc, tous s’accordent à dire que les effets d’une sortie seraient négatifs. A court terme, le choc mettrait en suspens beaucoup d’investissements, le temps d’éclaircir les choses. A moyen terme, le Royaume-Uni aurait un accès moindre au marché unique, et il faudrait renégocier un accord commercial avec les 27 autres Etats membres qui risquent d’être très en colère, et qui pourraient imposer des conditions difficiles.

Les partisans d’une sortie de l’UE rejettent en bloc ces arguments. Pour eux, cette technique relève du project fear, une alliance objective des élites mondiales pour faire peur à l’électorat britannique. «A les écouter, le monde s’effondrerait», s’agace Iain Duncan Smith, un des leaders du Brexit.

«Pourtant, project fear marche», réplique Anand Menon, le directeur du groupe non partisan «The UK in a changing Europe», qui réunit des universitaires spécialisés sur les questions européennes. Le groupe de petits patrons de Nottingham le prouve bien. A une ou deux exceptions près, ceux-ci ne montrent aucun enthousiasme pour l’UE. «Les règles qui viennent de Bruxelles sont souvent complètement idiotes, s’agace Stuart Smith, qui fournit des services de comptabilité à des PME. Mais ça reste plus sûr: nos liens commerciaux avec l’Europe sont forts, et la majorité des gens préfèrent le statu quo.»

Et même les partisans du Brexit reconnaissent que l’argument économique n’est pas en leur faveur. Stephen de Looze, qui a dirigé jusqu’au début de l’année une petite entreprise de transport routier, l’admet volontiers. «C’est vrai que les renégociations commerciales seront difficiles. Sortir aurait un coût. Mais ça vaut la peine de le payer.» Pour lui, la souveraineté et l'«liberté» par rapport à Bruxelles l’emporte sur le reste.

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