Des vacances en Egypte? Plus forcément une bonne idée pour les Occidentaux, très nombreux à renoncer ces jours à leurs vacances au pays des pharaons. Les réservations se tarissent, ceux qui devaient partir annulent leur voyage, les touristes déjà sur place cherchent à rentrer.

Mais d’autres étrangers insistent, malgré les émeutes. Avant d’atterrir au Caire, Dave, un touriste canadien, sort son portable de sa poche et prend un cliché de la Une d’un grand journal américain illustrée d’une photo de la capitale en flammes: «Un souvenir du début de nos vacances», se justifie ce touriste canadien venu visiter les pyramides.

Dave sourit, mais il cache mal sa préoccupation. «J’espère que la situation se calmera pendant la semaine que nous allons passer ici», s’inquiète le Canadien, qui débarque avec son épouse dans une Egypte théâtre de violentes manifestations contre le régime de Hosni Moubarak.

«Nous avions prévu ce voyage de longue date et nous n’avons pas voulu l’annuler en dernière minute», explique-t-il. Au programme de ce couple originaire de l’Ontario (centre), mais basé actuellement à Bruxelles, une nuit au Caire, une visite des pyramides, une croisière sur le Nil jusqu’à Louxor et, pour terminer en beauté, un séjour sur les rives ensoleillées de la Mer rouge, à Charm el-Cheikh.

A l’aéroport du Caire, Andrea, une Australienne, n’a pas voulu renoncer, elle non plus. «Je me suis offert ce cadeau pour mes 30 ans. J’en rêvais depuis que je suis toute petite», dit-elle, souriante, en attendant le contrôle des passeports, dans une file où se côtoient touristes et Egyptiens.

Une jeune fille interrompt la conversation. Elle s’appelle Sarah, elle est égyptienne et porte un niqab (voile intégral) noir. En quelques phrases, elle sème le doute chez Andrea, dont le visage se raidit.

«Nous passons un très mauvais moment en Egypte actuellement», dit-elle. «Je vous conseille de vous en aller. La situation ne fait que se détériorer», prévient-elle, après avoir précisé qu’elle est rentrée de Londres plus vite que prévu pour retrouver sa famille, après avoir vu les images des émeutes à la télévision.

«Ici, c’est le chaos. Franchement, l’Egypte est notre pays et nous devons vivre avec ce qui est en train de se passer, mais vous, vous ne devriez pas rester ici», recommande-t-elle.

Andrea a visiblement pris peur. Elle garde silence, en se demandant peut-être si son rêve d’enfant n’est pas sur le point de virer au cauchemar. La douanière lui fait signe. Elle s’avance et présente son passeport.

Beaucoup de touristes n’ont pas suivi l’exemple du couple canadien et de la jeune australienne. L’avion de Dave et son épouse, arrivant de Zurich, a voyagé à moitié vide. Pourtant, toutes les places étaient réservées. En dernière minute, la moitié des 228 passagers a renoncé à son déplacement, explique une hôtesse de l’air.

Quand Dave et son épouse retrouvent le représentant de leur agence de voyage, ils apprennent qu’ils sont les seuls à ne pas avoir annulé leurs vacances. Les six autres personnes inscrites ont jeté l’éponge.

Une autre surprise désagréable les attend après le dernier contrôle douanier. Dans le hall de l’aéroport, ils découvrent une multitude de touristes, affalés sur les fauteuils, qui attendent un avion pour quitter le pays. Quelque 500 touristes japonais, notamment, étaient bloqués dimanche à l’aéroport du Caire.

De nombreux voyagistes européens ont suspendu les départs prévus ce week-end pour l’Egypte, suivant la recommandation de leurs autorités, qui déconseillent de se rendre dans le pays en proie à de graves troubles.

En Suisse, le Département fédéral des Affaires étrangères (DFAE) déconseille les séjours qui ne présentent pas un «caractère d’urgence au Caire ou dans les villes d’Alexandrie, de Suez, d’Ismaïlia». Sur place, «il est recommandé de se tenir à l’écart des rassemblements de foule et des manifestations de tout genre et d’observer une attitude de retenue», ajoute le DFAE.

Dès vendredi soir, les voyagistes français et belge avaient annoncé la suspension des départs jusqu’au dimanche ou lundi, alors que le mois de janvier correspond traditionnellement à la haute saison touristique en Egypte.

Néanmoins, des tour-opérateurs ont assuré avoir maintenu des départs, tel le voyagiste danois Star Tours. Les voyagistes soulignent que l’immense majorité des touristes qui séjournent en Egypte sont concentrés dans les stations balnéaires de la mer Rouge et sur le Nil où ils effectuent des croisières.

Or, les troubles qui frappent le pays se manifestent essentiellement dans les trois grandes villes du Caire, d’Alexandrie et de Suez. «Il n’y a pas de problème de sécurité, d’agressions physique ou verbale» vis-à-vis des touristes étrangers, a d’ailleurs assuré George Colson, président du Syndicat français des agences de voyage (Snav).

L’espace aérien restant ouvert, les retours prévus avaient lieu normalement, ne justifiant pas, selon M. Colson, de rapatriement d’urgence, à la différence de la Tunisie mi-janvier.

«Avec les vols prévus aujourd’hui et demain, il n’y aura plus de clients dans la zone de la vallée du Nil et au Caire demain soir», a indiqué un porte-parole du groupe Marmara, leader français sur la destination, qui comptait 1.909 clients en Egypte vendredi soir.

Le contingent des touristes présents en Egypte comprenait notamment 4.000 Belges, 15.000 Suédois ou 2.500 Finlandais. Il y aurait aussi «plusieurs dizaines de milliers» de touristes français sur place, selon Paris.

L’Egypte a enregistré en 2010 une fréquentation touristique record avec 14,7 millions de visiteurs, en hausse de 17,5% par rapport à 2009, avec, à la clef, des recettes estimées entre 12,6 et 13 milliards de dollars.