Depuis son arrivée à la tête du gouvernement japonais, il y a un an, Shinzo Abe a visité les dix pays membres de l’Association des nations d’Asie du Sud-Est (Asean) et il a reçu, à Tokyo, nombre de leurs dirigeants. Mais sur la même période, il n’a eu strictement aucun contact avec les leaders chinois, qui boudent les responsables nippons depuis l’été 2012 et ont mis en place, contre l’Archipel, une stratégie de harcèlement territorial.

Peu embarrassé par ce froid diplomatique, qui nourrit son discours sur la menace chinoise, Shinzo Abe va profiter, à partir de ce samedi, de l’organisation à Tokyo d’un long sommet Japon-Asean pour tenter de rallier un maximum de capitales d’Asie du Sud-Est à son projet de dénonciation et de résistance à la poussée de Pékin dans la région. Dans le communiqué final du sommet, Tokyo espère ainsi faire condamner, à mots couverts, par ses partenaires la récente création de la zone aérienne d’identification chinoise au-dessus de la mer de Chine orientale et aussi rappeler l’attachement des nations de la région à la démocratie, aux droits de l’homme et à l’économie de marché.

Agressivité compulsive

Pour cristalliser cette solidarité, le Japon rappelle qu’il n’est pas le seul Etat d’Asie confronté à une brusque inflammation de ses différends territoriaux avec Pékin. Après avoir tenté au fil des années 2000 de mettre en scène son émergence pacifique en déployant un habile soft power, la Chine a haussé le ton et n’hésite plus à provoquer directement des accrochages avec les Etats qui oseraient contester ses revendications territoriales en mer ou sur terre. Ces derniers mois, l’armée chinoise a ainsi massé des navires près de l’atoll de Scarborough, tout près des côtes philippines. Pékin a aussi décrété que les îlots Spratleys et Paracels, situés non loin du Vietnam et revendiqués par Hanoï, relevaient d’une nouvelle organisation administrative chinoise. Les tensions ont aussi été très vives avec l’Inde, dans l’Etat de Jammu-et-Cachemire.

Dénonçant une agressivité compulsive du pouvoir chinois, le Japon va proposer aux nations d’Asie du Sud-Est de resserrer leurs liens de solidarité avec lui. Il doit ainsi annoncer une forte hausse de l’aide promise à Manille pour panser les plaies ouvertes par le typhon Haiyan. La Banque du Japon devrait aussi finaliser de nouveaux accords de swaps de devises avec plusieurs de ses homologues d’Asie du Sud-Est quand des prêts publics à taux préférentiels devraient être débloqués pour financer des projets d’infrastructures dans la zone. Autant de chantiers qui doivent permettre d’accélérer l’implantation déjà solide des entreprises nippones dans ces nouveaux marchés. Depuis l’an dernier, les investissements directs japonais sont plus importants dans l’Asean qu’en Chine.