Les travailleurs clandestins récoltant fruits et légumes dans les champs italiens ou aidant chez eux les plus fragiles pourront être régularisés. Le gouvernement accepte de leur accorder un permis de séjour temporaire, non seulement pour «garantir la protection sanitaire individuelle et collective» en ces temps de crise épidémique mais aussi pour faire «émerger les rapports de travail irréguliers». Entre 100 000 et 300 000 personnes pourraient être concernées par cette mesure, selon une estimation des autorités.

Plusieurs conditions

Cette initiative d’Italia Viva, parti de centre gauche de l’ancien premier ministre Matteo Renzi, s’intègre dans un vaste décret-loi économique présenté mercredi soir par le président du Conseil, Giuseppe Conte, pour répondre à la crise provoquée par le coronavirus. Le texte sera soumis au vote du parlement. L’opposition de droite menée par Matteo Salvini a accusé la ministre de l’Agriculture de «ne pas penser aux Italiens».

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Dès le 1er juin et jusqu’au 15 juillet, un employeur pourra demander contre paiement de 400 euros la régularisation pour six mois d’un travailleur non déclaré. Dans le même temps, un clandestin pourra réclamer sa régularisation temporaire en déboursant 160 euros. Mais il devra répondre à plusieurs conditions: avoir travaillé avant l’échéance de son permis de séjour au plus tard le 31 octobre dernier et avoir résidé en Italie encore au 8 mars, soit deux jours avant le début du confinement général en Italie. Les secteurs concernés sont toutefois limités à l’agriculture, à l’élevage, à la pêche, à l’aide à la personne et au travail domestique.

Le phénomène du «caporalato»

Certaines associations ont ainsi rapidement dénoncé la dimension «jetable» attribuée aux clandestins par le décret gouvernemental. La position du député de gauche Nicola Fratoianni leur fait écho: «La régularisation à durée déterminée, liée exclusivement aux exigences productives du moment» est un «acte erroné et injuste». En réalité, six mois après sa régularisation temporaire, l’étranger pourra obtenir un permis de travail s’il dispose toujours d’un contrat de travail dans les domaines indiqués par l’exécutif.

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Mais cette mesure est «le énième cadeau aux mafias», dénonce encore l’élu de la gauche italienne. Souvent dans les champs en effet, les travailleurs au noir, étrangers comme italiens, sont soumis à des «caporaux», intermédiaires gérant la main-d’œuvre dans l’illégalité en lui niant ses droits. Le phénomène nommé «caporalato» est une forme d’esclavage moderne entre les mains du crime organisé. Or «c’est dans l’absence de règles et de droits que se crée le chantage de la survie obligeant à accepter des salaires extrêmement bas, des conditions [de travail et de vie] inhumaines et des horaires sans limites», dénonce l’écrivain spécialiste des mafias Roberto Saviano dans une tribune publiée dans les colonnes de La Repubblica le 12 mai en défense de cette régularisation.

Manque de main-d’œuvre

Les opposants à la norme craignent que la mesure ne favorise ces «caporaux» en leur permettant de régulariser leurs actions illégales. Mais le texte du gouvernement précise que les procédures pénales contre des employeurs pour aide à l’immigration clandestine, pour recrutement et exploitation de mineurs ou de personnes destinées à la prostitution restent ouvertes. Et la ministre de l’Intérieur, Luciana Lamorgese, a par ailleurs promis des peines plus sévères pour les employeurs continuant de préférer les travailleurs au noir. Elle s’est aussi félicitée pour le «phare allumé» sur ces «immigrés irréguliers».

Cependant, l’interrupteur a été enclenché à cause du coronavirus, afin de permettre aux autorités italiennes de disposer de nouvelles données sanitaires pour contrôler l’épidémie dans les contextes sociaux les plus difficiles et pour répondre au manque de main-d’œuvre causé par la pandémie.