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Emmanuel Macron lors de son discours devant le Parlement européen, le mardi 17 avril.
© FREDERICK FLORIN/AFP PHOTO

Europe

Face à Emmanuel Macron, le parti européen de centre droit est gêné aux entournures

Coincé par l’ascendant pris par le président français dans le débat européen, le PPE, la principale famille politique européenne (qui rassemble Angela Merkel mais aussi Viktor Orban), tente de trouver son propre discours dans la perspective des élections de mai 2019

Comment se démarquer du discours européen d’Emmanuel Macron tout en évitant le piège d’une ligne à droite toute? C’est l’équation que le PPE, le Parti populaire européen (la principale famille politique européenne), va devoir résoudre dans les prochains mois.

A un peu plus d’un an des élections de mai 2019, cette famille, qui regroupe aussi bien la CDU d’Angela Merkel que le Fidesz de Viktor Orban – sans oublier Les Républicains français de Laurent Wauquiez –, se cherche en effet une ligne commune, avec le défi de faire la synthèse entre des formations que parfois tout oppose.

Une Europe à plusieurs vitesses

Et la tâche s’annonce périlleuse, tant Emmanuel Macron, le «dynamiteur» du paysage politique français, a repris lui aussi à son compte certaines des thématiques défendues jusqu’ici par le centre droit européen. Le président français l’a d’ailleurs démontré hier à Strasbourg, en défendant devant le Parlement européen une «souveraineté européenne» qui ne se substituerait pas aux souverainetés nationales, ni ne diluerait «la nation».

L’idée d’une Europe à plusieurs vitesses, délestée des blocages que lui imposent parfois la règle de l’unanimité ou le degré de préparation de certains Etats membres, a aussi les faveurs du président français – comme elle séduit également à droite.

Discours confisqué

«Sortir de l’alternative simpliste du oui ou du non» à l’Europe, c’est encore ce qu’a défendu Emmanuel Macron, proposant un vrai «débat critique» sur l’Europe. Ce débat critique mais équilibré sur l’Union européenne, le PPE veut également en faire une marque de sa campagne…

Il y a quelques jours, le groupe PPE du Parlement, piloté par le Bavarois Manfred Weber, était justement réuni à Lyon pour un séminaire destiné à brasser les idées qui feront la campagne de 2019 et, en l’occurrence, axé sur la sécurité des Européens – un thème logique compte tenu des récents attentats en France, justifiait-on.

Certains ne cachaient pas la complexité de ce brainstorming ni leur sentiment de s’être vu quelque peu confisquer ce discours sur l’Europe par Emmanuel Macron – il a «pris les idées de la droite», s’agaçait une source.

Blocage idéologique

D’après les projections, la famille des conservateurs européens devrait arriver de nouveau en tête des élections de mai 2019. Une éventualité renforcée par le fait qu’Emmanuel Macron n’a pas encore réussi, à ce jour, à dupliquer son «En marche» au niveau européen. Mais le scrutin s’avère plus difficile à aborder que celui de 2014, de l’aveu de certains conservateurs. A l’époque, il ne s’agissait finalement de ne combattre que l’extrême droite et l’ensemble des partis eurosceptiques.

Aujourd’hui, les lignes sont beaucoup plus brouillées, et «on voit mal comment le PPE pourrait se distinguer sans aller en force sur les thèmes du sécuritaire et de l’immigration», juge un membre d’une autre formation politique. Le PPE – comme d’ailleurs, dans une moindre mesure, le Parti socialiste européen – est face à «un vrai blocage idéologique», juge cette source. Car «à moins de se dédire sur l’économie», domaine dans lequel bon nombre de membres du PPE partagent globalement les vues macroniennes, il reste peu d’espaces à occuper.

Le «piège» du tout sécuritaire

A Lyon, ils étaient un certain nombre à mettre justement en garde contre cette tentation du tout sécuritaire. «Le piège à cons dans lequel il ne faut surtout pas tomber», jugeait même l’entourage d’un député français, dont le travail consiste entre autres à ramener le patron des Républicains français vers d’autres thématiques que celles du terrorisme ou de l’immigration irrégulière.

Mais ce «piège» pourra-t-il vraiment être évité? En Allemagne, rappelle une source, beaucoup d’électeurs sont allés vers l’AFD en réaction aux arrivées de migrants dans le pays. La CDU et la CSU devront sans doute «retourner sur cette thématique pour les faire revenir».

Le «cas Orban» divise

Et puis, il y a le «cas Orban» et sa démocratie illibérale, qui divise aussi la famille. Félicité et protégé par Manfred Weber comme par Joseph Daul – le président du PPE –, le dirigeant hongrois, très confortablement réélu le 8 avril, hérisse le poil d’autres élus du parti.

Le PPE nourrit des différences de vues sur le fédéralisme: il est partagé entre ceux qui en veulent un peu plus et ceux qui refusent davantage d’intégration. Avec Viktor Orban, il sera impossible de défendre «cette ligne fédéraliste», juge un connaisseur du dossier. Tout comme il sera à l’évidence difficile, avec un tel membre, de sortir de «l’ambiguïté sur le projet européen».


Macron et les deux Europe

Le président français a invoqué à Strasbourg la nécessité de sauver la démocratie menacée et la «souveraineté européenne». Mais il n’a guère donné d’arguments pour convaincre les électeurs tentés par le populisme et le nationalisme

L’ennemi est désigné. Pour sa première intervention devant le Parlement européen depuis son élection, et avant de participer à Epinal (Vosges) à l’une des consultations sur l’Europe lancées à son initiative, Emmanuel Macron a fait feu de tout bois contre la «tentation illibérale», cette «illusion mortifère».

Haro donc – sans les citer – sur les dirigeants européens qui, comme le premier ministre hongrois tout juste réélu Viktor Orban, aspirent selon lui à «une Europe qui ne propose plus». Les mots étaient ceux de la riposte. Le chef de l’Etat français, rivé sur les européennes du 26 mai 2019, a parlé en combattant.

Ce volontarisme est salutaire. Sans une solide digue politique pour les défendre, les acquis communautaires courent le risque d’être sans cesse remis en cause par les dirigeants populistes et nationalistes qui ont le vent électoral en poupe. Et les remerciements du président de la Commission, Jean-Claude Juncker, pour qui «la vraie France est de retour» illustrent ce besoin.

Question épineuse

La question est celle du fossé. En choisissant de faire rimer sa vision de l’UE avec la «démocratie européenne», Emmanuel Macron n’a pas effectué le moindre geste vers les électeurs déçus par l’Union. Et en clamant «je veux appartenir à une génération qui aura décidé de défendre sa démocratie», le président quadragénaire a choisi d’ignorer l’euroscepticime des jeunes issus des classes populaires et des territoires ruraux.

Le locataire de l’Elysée veut une Europe ambitieuse, fidèle à ses valeurs, dotée d’une zone euro consolidée, résolue à défendre sa souveraineté. Soit. Il l’avait déjà dit à Athènes, puis à la Sorbonne. Mais il n’a pas répondu, ce faisant, à la question qui mine tout l’édifice communautaire, et à laquelle l’Allemagne d’Angela Merkel (qui le recevra jeudi) est aujourd’hui confrontée avec la montée de l’extrême droite: comment éviter que cette souveraineté européenne effraie encore plus les autres souverainistes, arc-boutés sur les Etats-nations? R. W.

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