Il est réapparu, plus compassé que jamais, pour tuer la rumeur qui courait depuis le matin d’un repli en son palais de la cité portuaire de Lattaquié. Jeudi après-midi, la télévision d’Etat a montré le président Bachar el-Assad, en tête-à-tête avec le nouveau ministre de la Défense, l’ancien chef d’état-major Fahd el-Freij, à l’issue de sa prestation de serment.

Peu de temps après la nomination de ce général sunnite, en remplacement du général Rajha, tué mercredi dans l’attaque du Bureau de la sécurité nationale à Damas, en même temps qu’Assef Chawkat, le beau-frère d’El-Assad, et qu’Hassan Turkmani, le responsable de la cellule de répression, celui-ci avait confirmé la détermination rouge sang du régime: «Nous continuerons de pourchasser les gangs criminels et de couper les mains de ceux qui portent atteinte à la sécurité.» Cinq jours après le lancement des opérations «Volcan de Damas et tremblement de terre en Syrie» par l’Armée syrienne libre (ASL), les combats s’intensifiaient hier, poussant, d’après les échos en provenance de la capitale, des centaines de personnes à la fuite et de nombreuses autres à constituer des réserves alimentaires et des stocks de première nécessité.

Dans certains quartiers, pain et médicaments commencent déjà à manquer, d’après des témoins cités par l’AFP, alors que le général Mood, responsable de la mission d’observation de l’ONU en Syrie, prédisait hier devant la presse que le pire était à venir, «l’escalade de la violence» ne faisant que débuter. «La situation est en train de muter, constate un observateur dans la région, mais pour l’heure, aucun élément ne permet de dire que le noyau dur du régime et sur le point de se fragmenter.»

Si elle en est le théâtre le plus frappant, les affrontements sont loin de se cantonner à la capitale. «Le 16 juillet à 20h, nous sommes passés à l’offensive dans toutes les grandes villes. Depuis cette date, nous avons attaqué 250 barrages militaires», indique Fahd al-Masri, le chef de la communication du Commandement conjoint de l’ASL à l’intérieur, joint par téléphone à Paris. Impossible de vérifier, si, comme il l’assure, les soldats réguliers font ces jours défection «par milliers», mais sur le terrain, l’ASL continue de pousser ses pions. Hier, elle a revendiqué le contrôle de la ville d’Azzaz, dans la province d’Alep, où elle a mis la main sur plusieurs chars. Les rebelles disent avoir aussi mis en déroute l’armée au poste de Bab al-Hawa, à la frontière nord-ouest de la Syrie avec la Turquie, dans la province d’Idlib. Dans la soirée, une source officielle à Bagdad a avancé que l’ensemble des postes-frontière avec l’Irak étaient passés sous coupe rebelle.

L’autre bataille pour la Syrie, celle qui se déroule dans les travées fébriles de l’ONU à New York, s’est soldée par un nouveau veto russe et chinois, le troisième, à une résolution prônée par Paris, Washington ou Londres. Elle visait à renforcer les sanctions sur Damas et à prolonger de quarante-cinq jours la mission d’observation qui s’achève ce vendredi.

L’ONU a annoncé dépêcher en Syrie Babacar Gaye, son principal conseiller militaire, pour prendre une relève provisoire du général Mood, en attendant un éventuel nouveau vote, ce vendredi, du Conseil de sécurité sur une extension d’un mois, pour permettre aux 300 observateurs de quitter la Syrie. Mais pour les Etats-Unis, ces veto «extrêmement regrettables», sanctionnent définitivement la faillite du Conseil de sécurité dans le dossier syrien. Dorénavant, ils ont l’intention d’intensifier leurs «efforts avec différents partenaires hors du Conseil pour faire pression sur le régime Assad et fournir de l’aide à ceux qui en ont besoin», a déclaré Susan Rice l’ambassadrice américaine auprès de l’ONU.

«Rien ne permet de dire que le noyau dur du régime est sur le point de se fragmenter»