La situation de la grippe aviaire dans le pays est «entièrement sous contrôle» a affirmé mardi à Ankara, le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan. Que le plus haut représentant de l'Etat ait tenu à se montrer rassurant donne la mesure de l'inquiétude qui gagne en Turquie et dans l'Europe voisine.

Au sein de l'Union européenne, pourtant, on est encore loin de la quasi-panique qui avait saisi les responsables à l'automne dernier. Bruxelles a certes décidé hier d'étendre aux pays entourant la Turquie l'interdiction d'importation de plumes non traitées tout en convoquant pour jeudi une réunion extraordinaire d'experts des Vingt-Cinq. Mais depuis octobre, qui avait vu une première irruption du virus aux portes de l'Union, toutes les mesures d'interdictions d'importation et de confinement des volailles - appliquées d'ailleurs à la discrétion des Etats - sont restées en vigueur. L'Union a mené depuis des tests grandeur nature de réactions à une pandémie de grande ampleur et mis sur pied un système d'alerte par pallier. Si les stocks d'antiviraux recommandés sont encore en cours de constitution, Bruxelles n'a pas annoncé pour l'instant de nouvelle mesure spectaculaire. La Commission choisit plutôt de guetter, montrant que les propos du commissaire européen à la Santé, Markos Kyprianou, restent valables: «Nous ignorons à quel moment une urgence grave de santé publique surviendra.»

La vigilance est néanmoins de mise à l'égard du voisin turc, car depuis la mort de deux adolescents infectés par le virus H5N1 dans l'est du pays, il ne se passe pas de jour sans que tombent de nouvelles informations inquiétantes. Mardi, la télévision turque signalait un 15e cas de personne infectée dans la ville de Sivas (centre-est). Et l'épizootie, semblait se propager rapidement vers l'ouest: un pigeon et deux poulets ont été testés positifs dans la ville occidentale d'Izmir. Pour tenter d'enrayer cette progression, les autorités turques ont fait abattre plus de 300000 volatiles dans tout le pays.

Lors d'une conférence téléphonique depuis Ankara, alors qu'il rentrait d'une mission dans l'est du pays sous l'égide de l'OMS, le docteur Guenaël Rodier a assuré hier que, selon les premières observations et malgré l'énigme que représente encore cette multiplication soudaine des cas de contamination humaine, «aucun élément aujourd'hui» ne venait «à l'appui d'une transmission de l'homme à l'homme». Il faut plutôt chercher du côté du comportement des enfants, premiers contaminés en Turquie, qui ont tendance «à traiter les poulets comme des animaux de compagnie». La question d'une plus grande virulence du virus passant de l'oiseau à l'humain demeure cependant «ouverte», a reconnu ce spécialiste. Mais pour lui, l'arrivée éventuelle de la maladie chez l'homme au-delà des frontières turques - en Europe par exemple - reste «directement associée à la propagation de l'épizootie».

Le docteur estime d'ailleurs qu'il n'y a pas de raisons de limiter les voyages vers la Turquie. Ainsi tout comme à l'automne, l'OMS insiste sur le fait que c'est contre une épidémie animale qu'il faut avant tout lutter.

En Grèce, seul pays de l'UE où une alerte aux oiseaux contaminés avait été lancée en octobre, la tension monte pourtant, selon l'agence de presse nationale ANA. Elle rapportait hier que dans la région d'Evros, frontalière avec la Turquie, les véhicules étaient désormais désinfectés au passage de la douane. En Bulgarie, pays candidat à l'Union, les autorités ne cachaient pas leur pessimisme, s'attendant d'un moment à l'autre à détecter un foyer de grippe aviaire: tous les véhicules en provenance de Roumanie ou de Turquie étaient également désinfectés.

En Russie, Vladimir Poutine a annoncé à la télévision qu'il pensait à des mesures de surveillance accrues des marchés alimentaires et des moyens de transports aux passages des frontières. Les autorités russes disent notamment s'inquiéter «du retour des pèlerins d'Arabie saoudite vers la Tchétchénie et le Daguestan» affirmant que certains risquent de passer par des zones contaminées.