Avis de gros temps pour Nicolas Sarkozy. Depuis quelques semaines, de mauvais chiffres viennent ternir le bilan sécuritaire sur lequel il a bâti son image d'homme à poigne: les agressions contre les personnes sont en hausse de 8% sur un an; les violences avec armes en milieu scolaire ont explosé; 26% des Français pensent que l'insécurité a augmenté près de chez eux... Et ses adversaires, de Ségolène Royal aux proches de Dominique de Villepin, ne se gênent plus pour clamer haut et fort que le «premier flic de France» fait mal son travail.

Jeudi, flanqué de sa haute hiérarchie policière dans un immense salon du Ministère de l'intérieur, Nicolas Sarkozy a répondu à ses détracteurs par une tornade de statistiques. La délinquance globale a baissé de 8,8% depuis 2002. Le nombre de meurtres a chuté de 12,1%. Quelque 15000 personnes - la population d'une petite ville - ont été interpellées lors des émeutes de l'automne dernier, puis lors des manifestations anti-CPE. Certes, la violence physique progresse, mais bien moins vite qu'à l'époque du gouvernement socialiste, entre 1997 et 2002, lorsqu'elle avait crû de 42,2%.

Selon Christophe Soullez, de l'Observatoire national de la délinquance, qui dépend du Ministère de l'intérieur, le phénomène le plus notable est la croissance des violences dites gratuites - non liées à un mobile crapuleux - qui ont progressé de 18% depuis 2002 (et de 50% durant la période précédente). «Ces actes sont souvent dus à un cercle proche, dans la famille ou le quartier, car on constate que 80% des auteurs sont identifiés.» Ils ne sont pas uniquement le fait de jeunes banlieusards déscolarisés: «Ça peut être aussi deux types en costume cravate qui se tapent dessus après une queue de poisson sur la route.»

Pour Nicolas Sarkozy, il s'agit d'un «nouveau phénomène de société» dont ni lui, ni la police ne sont responsables. Loin de se livrer à une autocritique, il s'en prend à la justice, pas assez dure selon lui, surtout avec les mineurs, car la justice doit «faire peur pour être respectée». Il envisage la création d'unités d'hélicoptères chargés de commandos, qui poursuivraient les grosses cylindrées dont raffole le crime organisé.

Le nom de Royal dix fois cité

Sur le plan politique, Nicolas Sarkozy a pris un malin plaisir à citer une bonne dizaine de fois le nom de Ségolène Royal, et à la présenter comme plus à droite que lui: «J'ai été un peu inquiet de l'évolution récente de Mme Royal. Elle commence sa campagne sur un ton qui est très intéressant. Je me demande où ça va s'arrêter. Mais c'est un problème pour elle, pas pour moi.»

Le discours du ministre de l'Intérieur confirme ce que les propos musclés de la candidate socialiste sur l'encadrement «militaire» des jeunes délinquants laissaient présager: la prochaine campagne présidentielle se jouera sur le terrain du retour aux valeurs traditionnelles - autorité, travail, famille. Un registre que Nicolas Sarkozy maîtrise parfaitement, et pour lequel il dispose d'un argumentaire déjà bien rodé.