Etats-Unis

Face à Kim Jong-un, les contradictions américaines

L’imprévisibilité du leader nord-coréen joue des tours à celle de Donald Trump, sans stratégie limpide

Une «réponse militaire massive», mais pas d'«anéantissement total». C’est pour l’instant, si l’on en croit les déclarations émanant du ministre de la Défense Jim Mattis, la manière dont les Etats-Unis menacent de réagir en cas de nouvelles provocations de la Corée du Nord.

Très rapidement après le nouvel essai nucléaire de Pyongyang qui affirme avoir testé une bombe à hydrogène, le Pentagone a évoqué ce week-end les «nombreuses options militaires à l’étude», avertissant que «toute menace visant les Etats-Unis, ses territoires, y compris l’île de Guam dans le Pacifique, ou ses alliés, fera l’objet d’une réponse militaire massive».

Menace ou intention réelle? Donald Trump reste flou sur ses propres velléités, pris de court par la rapidité avec laquelle Kim Jong-un semble déterminé à développer ses tests de missiles balistiques intercontinentaux capables de menacer le continent américain. Chaque nouveau test est plus puissant que le précédent. Seule certitude du président américain: le dialogue avec Pyongyang ne fonctionne pas.

La rhétorique n’est pas une réponse

Il avait promis «le feu et la fureur» lors d’un précédent test, il recourt aujourd’hui à une rhétorique un peu moins brutale. Le général Mattis a par contre de son côté davantage haussé le ton. Il n’avait pas hésité à contredire le président américain il y a quelques semaines.

La «rhétorique n’est pas une réponse au problème nord-coréen», avait-il fait savoir, en ajoutant que «l’Amérique n’était jamais à court de solutions diplomatiques». Il semble aujourd’hui un peu s’en éloigner. Ses propres déclarations sont moins pacifiques.

Une réunion d’urgence a eu lieu ce week-end entre Donald Trump et ses conseillers à la sécurité nationale. Le président américain s’est également entretenu avec le premier ministre japonais Shinzo Abe. Il a une nouvelle fois assuré à son interlocuteur la détermination de Washington à défendre les Etats-Unis et leurs alliés, «en utilisant toute la gamme des capacités diplomatiques, conventionnelles et nucléaires à sa disposition».

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Washington et Séoul ont par ailleurs annoncé qu’ils déploieront davantage de lance-missiles Thaad (Terminal High-Altitude Area Defense) contre la Corée du Nord, pour étoffer le bouclier américain. Ce qui contribue inévitablement à accentuer l’escalade des démonstrations de force auxquelles s’adonnent les Etats-Unis et la Corée du Nord.

Lundi matin, c’est le Conseil de sécurité de l’ONU qui s’est penché sur de nouvelles sanctions contre Pyongyang, après sept premiers trains de mesures infructueuses. Le président américain a également évoqué la possibilité de stopper les échanges commerciaux avec tous les pays qui font des affaires avec la Corée du Nord.

Or la Chine, même si elle hausse également le ton, reste le pays destinataire de près de 90% des exportations nord-coréennes et demeure un partenaire économique central des Etats-Unis. Pékin a d’ailleurs vivement réagi. Un porte-parole de la diplomatie chinoise a déclaré que cela serait «inacceptable» de se voir sanctionner ainsi alors que la Chine «travaille dur pour résoudre le conflit de façon pacifique».

«Ils nous tiennent»

Une «opération militaire massive» américaine aurait de très lourdes conséquences. C’est finalement presque le très controversé Stephen Bannon, limogé de la Maison-Blanche alors qu’il officiait comme conseiller stratégique de Donald Trump, qui résume le mieux la situation.

L’icône de l’alt-right américaine, ultranationaliste, a déclaré le 18 août à The American Prospect, un site de gauche: «Laissons tomber. Tant que quelqu’un n’aura pas résolu l’équation qui me démontrerait que 10 millions de Sud-Coréens ne mourront pas dans les trente minutes suivantes, tués par des armes conventionnelles, je ne vois pas de quoi on parle, il n’y a pas de solution militaire, ils nous tiennent.»

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