Ce n’est pas encore l’hiver, mais le froid sévit déjà en Europe. Ce qui n’arrête pas des milliers de réfugiés à emprunter la route des Balkans dans l’espoir de gagner l’Allemagne, l’Autriche ou encore la Suède. «Ils traversent des rivières glaciales et dorment dans des forêts, explique un porte-parole de la Commission. Nous devons prendre des décisions urgentes afin d’éviter tout désastre.» Quelque 5000 migrants sont arrivés au poste frontière serbo-croate de Berkasovo dans la nuit de vendredi à samedi et ont dormi, selon le Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR) en plein air malgré les températures glaciales. Et au cours de ces cinq derniers jours, près de 48 000 réfugiés fuyant la guerre en Syrie et en Irak sont arrivés en Grèce en provenance de la Turquie. C’est dans ce contexte et avant que la situation n’échappe à tout contrôle que Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, a convoqué pour ce dimanche après-midi un mini-sommet pour mieux coordonner les flux et organiser l’accueil.

Au total, huit États membres de l’UE (Autriche, Bulgarie, Croatie, Allemagne, Grèce, Roumanie, Hongrie et la Slovénie) sont représentés au niveau des chefs d’État ou de gouvernement. Ils sont rejoints par les dirigeants d’organisations sécuritaires et humanitaires (Frontex, HCR). Cette réunion a lieu aussi sur toile de fond de l’échec du programme de relocalisation des 160 000 réfugiés se trouvant déjà en Italie et en Grèce, qui a été approuvé il y a un mois. Depuis, seulement 56 d’entre eux ont trouvé un pays d’accueil. La Commission relativise disant que le programme n’a pas encore atteint sa vitesse de croisière. «Il n’y a pas de solution nationale à cette crise, a encore martelé le porte-parole de la Commission. Les États ne peuvent pas simplement canaliser le flux migratoire vers leurs pays voisins. Seule une approche collective européenne et transfrontalière peut fonctionner.»

Les Balkans ne veulent pas servir de zone tampon

La situation s’est particulièrement compliquée lorsque des pays comme la Hongrie ont décidé d’empêcher le passage, mettant les pays voisins sous pression. La Slovénie, petit pays de deux millions d’habitants, est devenue un pays de transit pour 50 000 personnes en une semaine. Ne pouvant faire face au défi, les autorités ont ordonné la mobilisation de l’armée pour garder les frontières.

Samedi, les premiers ministres serbe, roumain et bulgare ont menacé de fermer leurs frontières si d’autres États faisant autant. Réunis pour défendre une position commune, ils ont exigé une solution globale à la pression migratoire. «Nous ne laisserons pas nos nations devenir une zone tampon pour les flots de migrants entre la Turquie et les barrières érigées par la Hongrie», a expliqué le chef du gouvernement bulgare Boïko Borissov. Le premier ministre roumain Victor Ponta a aussi dénoncé la décision de la Hongrie de fermer ses frontières.

«La Commission attend que chacun s’en tienne aux règles du jeu, si nous ne voulons pas remettre en cause Schengen», a déclaré Jean-Claude Juncker avant la réunion. Chaque jour compte. «Sinon, nous verrons bientôt des familles périr de façon misérable dans des rivières froides dans les Balkans», a-t-il averti. Le chef de l’exécutif européen a aussi demandé à l’Allemagne de continuer à accueillir des réfugiés. «La chancelière allemande ne doit pas se laisser dévier de son cap par les sondages», a-t-il ajouté. Berlin a légiféré samedi pour durcir sa loi sur l’asile. Il entend dès lundi accéléré le renvoi des candidats déboutés. Le pays s’attend à recevoir près d’un million de réfugiés.

Pendant ce temps, les négociations entre l’UE et la Turquie, afin que cette dernière retienne les réfugiés sur son territoire n’ont pas beaucoup progressé cette semaine. Elles tournent autour d’une aide de trois milliards d’euros destinés à améliorer l’accueil des réfugiés en Turquie, l’exemption de visas pour de courte durée en Europe pour citoyens turcs et enfin, l’accélération des procédures pour une éventuelle adhésion de la Turquie à l’Union.