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Le président italien, Sergio Mattarella, accompagné du nouveau Premier ministre, Carlo Cottarelli.
© Stefano Montesi/Corbis ©

monnaie unique

Face à l’euro, l’Italie se retrouve le dos au mur

Les partis populistes italiens devront, s’ils repartent en campagne électorale, clarifier leur position sur la monnaie unique. Un choc annoncé dans ce pays fondateur de l’Union européenne où la défiance envers les institutions communautaires ne cesse de croître

«L’adhésion à l’euro est un choix d’une importance fondamentale pour les perspectives de l’Italie et de sa jeunesse. Si on veut en discuter, il faut le faire ouvertement…» Lorsque le président de la République, Sergio Matarella, prononce ces phrases dimanche soir – confirmant son refus d’entériner la nomination au Ministère de l’économie de Paolo Savona, opposé de longue date à la monnaie unique – le message adressé à ses concitoyens est limpide.

L'Italie, le M5 et l'euro

L’heure est venue pour le Mouvement 5 étoiles et la Ligue d’en finir avec leurs ambiguïtés sur le maintien de la Péninsule dans la zone euro. Le bond du «spread» transalpin (l’écart entre les taux d’emprunt italien et allemand à dix ans), parvenu lundi à son plus haut niveau depuis 2013, confirme l’impasse: «On voit bien que le chef de l’Etat a tapé là où ça fait mal, expliquait lundi au Temps un diplomate européen. Les deux partis populistes sont maintenant dos au mur et ça les rend fous.»

La question de l’euro est d’autant plus explosive que personne, aujourd’hui, ne sait comment l’aborder dans un pays gagné par la défiance croissante envers les institutions communautaires. La Constitution italienne prohibe en effet tout référendum sur «les lois fiscales et budgétaires, les lois d’amnistie et de remise de peine, ainsi que celles autorisant la ratification des traités internationaux». Impossible donc, pour le leader de M5S, Luigi Di Maio, et celui de la Ligue, Matteo Salvini, de tenter un poker institutionnel en posant la question au peuple.

Un coup de maître face aux extrémistes

Le juriste Sergio Matarella, 77 ans, ancien membre de la Cour constitutionnelle, a donc refermé l’étau sur les deux leaders qui promettaient de gouverner ensemble après s’être opposés avec violence lors de la campagne. La bataille ne peut être qu’électorale, partis contre partis: «Qui a obligé l’Italie à entrer dans la zone euro dès le 1er janvier 1999? Personne, poursuit notre interlocuteur. A l’époque, le ministre allemand des Finances Théo Waigel défendait même l’idée que Rome devrait se tenir à l’écart de la monnaie unique. La fameuse «cage allemande» avait la porte grande ouverte. L’heure est venue de rétablir ces vérités et d’amener les Italiens à les regarder en face.»

Lire aussi notre éditorial: Le risque de l’effet boomerang

L’autre coup de maître du président Sergio Matarella est d’avoir mis au centre des débats le portefeuille des Italiens. Une ligne rouge, au-delà de laquelle le théâtre politique n’a selon lui plus sa place. «La désignation du ministre de l’Economie constitue toujours un message immédiat de confiance ou d’alarme pour les opérateurs économiques ou financiers», a-t-il asséné, dans un pays où le poids de la Confindustria, la confédération générale de l’industrie, va bien au-delà de la représentation des intérêts du patronat.

Lire également: La crise italienne ne devrait pas s'étendre à la zone euro, mais rester nationale

Le calcul présidentiel? Inviter les amortisseurs politiques traditionnels que sont les grands patrons, l’Eglise et les organisations représentatives de la société civile à entrer maintenant dans la danse. L’historien Marc Lazar affiche son inquiétude devant ce dysfonctionnement politique chronique. «L’ingouvernabilité de l’Italie est son acmé, juge-t-il. On ne voit pas, pour le moment, quelles seraient les possibilités de gouvernement, au moment où l’Italie a de nombreux défis à relever, avec de nombreux enjeux européens devant elle.» Entendez: dix ans après la crise de 2008, un gouvernement technocratique – comme celui que va tenter de former l’ancien responsable du FMI Carlo Cottarelli, désigné lundi par le président – est presque une issue logique.

L'Europe et l'Italie

Discrets, voire quasi muets, les partenaires européens de l’Italie ont, eux, choisi de patienter. D’abord parce que qui ni Paris, ni Berlin, ni Bruxelles ne veulent accréditer l’idée du «coup d’Etat» aussitôt brandie par le Front national français et les europhobes de tous bords. Ensuite parce que beaucoup sont convaincus que l’explosion de colère anti-communautaire, aussi dangereuse soit-elle, n’est pas une fatalité.

Plus de 100 milliards d’euros restent alloués à la Péninsule au titre des Fonds structurels et d’investissement européens pour la période 2014-2020, soit une manne qui peut peser lourd en coulisses. La politique de la chaise vide italienne à Bruxelles, engendrée par la crise politique actuelle, promet en plus de compliquer l’adoption d’un accord sur les règles de l’asile et sur la répartition des migrants, dont Rome a besoin pour soulager la Péninsule. Deux mille migrants sont encore arrivés ce week-end. «La grande différence entre le scrutin du 4 mars et les nouvelles élections est que les pro-européens sont prévenus. On sait désormais à quoi s’en tenir, estimait ces jours-ci une note de l’institut Egmont, basé en Belgique. Ces prochains mois vont au moins permettre d’organiser la riposte.»

A ce discours mobilisateur répond en écho une autre analyse, ultra-pessimiste. Filmé à son insu, l’ancien président du Conseil et patron de la diplomatie italienne, Massimo D’Alema, a lâché dimanche «que 80% des voix» pourraient aller, au prochain scrutin, à la Ligue et du M5S. Réponse d’un observateur: «Les deux partis jurent qu’il faut respecter la démocratie. Mais ils n’ont pas joué cartes sur table. Ni sur l’euro ni sur leurs intentions l’un vis à vis de l’autre. Or la démocratie, en Italie comme ailleurs, c’est aussi la transparence.»

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