Birmanie

Face à l’exode des Rohingyas, la politique du porte-monnaie

Réunie à Genève, la communauté internationale a promis plus de 344 millions de dollars pour venir en aide aux Rohingyas, qui continuent de fuir au Bangladesh

«J’espère que les Rohingyas se sentiront un peu moins seuls», a souhaité Filippo Grandi, le directeur du Haut-commissariat pour les réfugiés (HCR) au terme d’une conférence des donateurs lundi à Genève en faveur de cette minorité musulmane en Birmanie, victime, selon l’ONU, d’une «épuration ethnique». Trente-cinq pays ont promis plus de 344 millions de dollars pour leur venir en aide.

L’ONU avait auparavant lancé un appel de 434 millions de dollars. La journée de lundi aura permis de progresser vers cet objectif, qui devrait permettre de couvrir les besoins humanitaires des Rohingyas jusqu’en février 2018.

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Les Nations unies ont comptabilisé toutes les promesses faites depuis la fin août, soit depuis les attaques de postes de police par la guérilla rohingya. Cette offensive avait déclenché des représailles sans précédent de l’armée birmane contre la population musulmane.

Humanitaires tenus à l’écart

L’argent récolté servira principalement à stabiliser la situation humanitaire au Bangladesh voisin, où 600 000 Rohingyas ont fui depuis deux mois. Car l’ONU reconnaît ne pas avoir accès à l’intérieur de la Birmanie, où les exactions se poursuivent. «Nous sommes présents à Sittwe, la capitale de l’Etat du Rakhine, explique Filippo Grandi, mais aucune organisation humanitaire ne peut accéder au nord de l’Etat, où la situation est critique.»

Il faut louer la générosité du Bangladesh, qui garde ses frontières ouvertes, à l’heure où l’Europe se barricade contre les réfugiés

Manuel Bessler, chef du Corps suisse d’aide humanitaire

Directeur de l’Organisation mondiale des migrations (OIM), chargé de coordonner l’aide humanitaire au Bangladesh, William Lacy Swing estime lui aussi que l’exode continue. «Entre 1000 et 3000 réfugiés continuent chaque jour de franchir la frontière avec le Bangladesh, témoigne-t-il. Leur nombre pourrait atteindre un million.»

D’autres financements, comme ceux de la Banque mondiale, prendront le relais afin d’aider le Bangladesh, une fois l’urgence humanitaire estompée. La région qui accueille les réfugiés rohingyas est déjà surpeuplée et le Bangladesh est l’un des pays les plus vulnérables aux catastrophes climatiques.

Contribution suisse

Pour sa part, la Suisse a annoncé qu’elle doublerait l’aide humanitaire au Bangladesh, débloquant 4 millions de francs supplémentaires. «J’ai été frappé par le sentiment d’urgence dans ces camps de réfugiés. C’est un défi quotidien de trouver des abris pour les nouveaux arrivants», raconte Manuel Bessler, le chef de l’aide humanitaire de la Confédération.

«Des familles entières vivent sous des bâches en plastique sur des terrains boueux et inondables, sans eau potable, ni nourriture, ni latrine, ni accès aux soins», renchérit Joanne Liu, la présidente internationale de Médecins sans frontières. «Il faut louer la générosité du Bangladesh, qui garde ses frontières ouvertes, à l’heure où l’Europe se barricade contre les réfugiés. Le gouvernement a mis à disposition 1200 hectares de terrain, mais c’est seulement suffisant pour 150 000 réfugiés», poursuit Manuel Bessler.

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Le Bangladesh ne veut toutefois pas confier la coordination des camps de réfugiés au HCR, qui serait l’organisation la plus habilitée à assumer cette responsabilité. De peur que les réfugiés s’enracinent au Bangladesh? «En Birmanie, la violence n’a pas cessé, constate, à la tribune de la conférence, l’ambassadeur bangladeshi. Il faut que le gouvernement birman tienne ses promesses en favorisant les retours.» Les deux pays viennent d’entamer des négociations dans ce sens. L’ONU n’y est pas associée. Mais, dans les couloirs du Palais des Nations, personne ne croit que les Rohingyas puissent prochainement rentrer chez eux comme ils le souhaitent.

Enfin une nationalité pour les Rohingyas?

«Les conditions pour des retours volontaires ne sont pas réunies, affirme Filippo Grandi. Les violences continuent, de nombreux villages ont été incendiés comme le montrent des photos satellite et, surtout, il faudra que les Rohingyas puissent enfin avoir la nationalité birmane.»

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Les musulmans sont considérés par les Birmans comme des étrangers installés sous la colonisation britannique. La reconnaissance formelle des Rohingyas était d’ailleurs l’une des principales recommandations de la commission consultative présidée par Kofi Annan sur l’Etat du Rakhine. L’ancien secrétaire général de l’ONU avait remis son rapport juste avant l’assaut des rebelles contre la police birmane.

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