Le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo a échoué, lundi, à convaincre les dirigeants afghans de former un gouvernement d'union. Il a annoncé dans la foulée la réduction d'un milliard de dollars de l'aide à l'Afghanistan pour cette année. Et «nous sommes prêts à couper un milliard supplémentaire en 2021», a-t-il menacé, évoquant aussi la possibilité de supprimer d'autres aides. «Les Etats-Unis sont déçus par eux et ce que leur attitude signifie pour l'Afghanistan et nos intérêts partagés.»

Le secrétaire d'Etat avait fait une visite surprise de huit heures à Kaboul, au cours de laquelle il s'était entretenu avec le président Ashraf Ghani et avec l'ex-chef de l'exécutif Abdullah Abdullah, qui s'est, lui aussi, proclamé vainqueur de l'élection présidentielle du 28 septembre, entachée d'accusations de fraudes. Il leur a fait passer un «message urgent» et les a exhortés à «faire des compromis pour le bien du peuple afghan», selon un communiqué du département d'Etat américain.

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«Les Etats-Unis regrettent profondément» le fait que les deux acteurs politiques aient «informé le secrétaire d'Etat Pompeo de leur incapacité à trouver un accord sur un gouvernement inclusif», selon ce texte. Cet «échec pose une menace directe pour les intérêts nationaux américains».

Les négociations interafghanes ont pris du retard

En revanche, le retrait progressif de toutes les forces américaines, entamé après l'accord historique du 29 février entre les Etats-Unis et les talibans, se poursuit comme prévu, a souligné Mike Pompeo.

Le secrétaire d'Etat américain doit ensuite se rendre pour la première fois auprès des talibans à Doha, dans l'espoir de remettre sur les rails un processus de paix déjà menacé. Il doit y rencontrer «des responsables des talibans», dont leur négociateur en chef, le mollah Baradar, «pour les exhorter à continuer à respecter l'accord signé le mois dernier», a déclaré sa porte-parole.

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Les Etats-Unis ont signé le 29 février à Doha un accord historique avec les talibans après 18 ans de guerre. Il prévoit le retrait progressif sous 14 mois de toutes les forces américaines et étrangères d'Afghanistan, à condition que les insurgés tiennent leurs engagements sécuritaires et entament des négociations de paix directes inédites avec le gouvernement de Kaboul. Mais ces négociations interafghanes, qui devaient initialement démarrer le 10 mars, ont déjà pris du retard, ainsi que les échanges de prisonniers Kaboul-talibans prévus par le texte, tandis que les violences continuent en Afghanistan.

Dans l'attente de l'échange de prisonniers prévu

Cette double visite surprise intervient au lendemain de premières discussions - par vidéoconférence en raison de la pandémie de coronavirus - entre le gouvernement afghan et les rebelles au sujet des libérations de prisonniers, une étape cruciale dans l'optique d'éventuelles discussions de paix. D'autres rencontres virtuelles sont prévues pour surmonter les blocages.

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Le négociateur américain Zalmay Khalilzad avait tweeté dimanche qu'il était «urgent» de concrétiser cet échange de prisonniers, à un moment où le Covid-19 rend leurs conditions plus précaires, mais aussi les échanges diplomatiques de plus en plus difficiles.

La mesure, qui figurait dans l'accord américano-taliban, non ratifié par Kaboul, prévoyait la libération de jusqu'à 5000 rebelles contre celle de 1000 membres des forces afghanes. L'échange devait avoir lieu avant le 10 mars et donc avant la date initialement prévue pour l'ouverture des négociations sur l'avenir de l'Afghanistan, mais il a été retardé en raison de désaccords entre les deux camps.