Moyen-Orient

Face à l'Iran, Benyamin Netanyahou sort le grand jeu

Dans une présentation théâtrale, le premier ministre israélien dévoile des milliers de documents compromettant l'Iran. Le prélude à une confrontation directe?

A Emmanuel Macron, les tapes dans le dos et les mimiques de complicité. Benyamin Netanyahou, lui, a choisi une autre option pour tenter de convaincre Donald Trump, quelques jours avant que le président américain annonce sa décision de se retirer ou non de l’accord nucléaire avec l’Iran. Présentation sur écran géant, lundi soir, ton théâtral, et effet garanti: il s’agissait de dévoiler 55 000 pages de documents papier et autant d’autres contenues dans des disques, le tout volé en plein Téhéran par les espions israéliens. Un ensemble qui prouve, selon le premier ministre israélien, «qu’ils [les Iraniens] ont menti».

Le nom de code iranien donné à ce trésor, abrité dans un hangar en apparence anodin? Le projet Amad. Et sa portée? Ces «archives atomiques secrètes» prouveraient sans l’ombre d’un doute, a affirmé Netanyahou, que l’Iran a cherché pendant des années à développer des armes nucléaires, malgré les dénégations constantes des responsables iraniens.

Pas de preuves

Les Israéliens n’ont pas tardé à assurer le service après-vente de ces révélations. Dans la presse américaine, ils précisaient que le Mossad avait découvert l’existence de ce hangar en 2016, et qu’il était sous surveillance depuis lors. C’est en janvier dernier que les Israéliens auraient jugé le moment opportun pour entrer dans le bâtiment, le vider de ses documents et acheminer la nuit même en Israël les centaines de kilos que ce matériel représentait.

Au vrai, rien dans le résumé qui en a été fait lundi ne prouve que le projet Amad s’est poursuivi au-delà de l’année 2003. Plus gênant encore pour le premier ministre israélien: aussi bien l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) que les agences de renseignement américaines ont, par le passé, évoqué clairement l’existence d’un pareil programme. «Nous évaluons avec un haut degré de certitude que, jusqu’à l’automne 2003, les entités militaires iraniennes travaillaient sous la direction du gouvernement pour développer des armes nucléaires», expliquaient par exemple les agences américaines dans un rapport publié en… 2007.

Réactions internationales

Depuis lors, cependant, ces agences ont été unanimes à considérer qu’elles n’avaient aucune indication tendant à prouver que ce programme se poursuivait. C’est la France qui s’est montrée la plus percutante dans sa réponse à Netanyahou, en renversant l’argument: «Les informations que nous avons reçues sur les activités nucléaires passées de l’Iran sont un argument très convaincant pour la signature et la mise en œuvre de l’accord avec l’Iran», tweetait l’ambassadeur aux Etats-Unis, Gérard Araud, en insistant sur l’existence d’un fort mécanisme de contrôle prévu dans cet accord.

En clair: les puissances qui ont conclu l’accord avec l’Iran en 2015, soit les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU – Etats-Unis, Russie, Chine, France et Grande-Bretagne – ainsi que l’Allemagne, ne se faisaient aucune illusion sur les intentions réelles de l’Iran. Mais c’est précisément dans le but de mettre fin à cette menace de double jeu iranien que l’accord a été conclu.

Donald Trump, qui doit prendre une décision le 12 mai prochain, sera-t-il finalement sensible à cet argument? Ou trouvera-t-il, dans le «show» offert par Benyamin Netanyahou, les arguments nécessaires à justifier une décision qu’il a, en réalité, déjà prise? De fait, à cette question iranienne du dossier nucléaire – qui avait déjà opposé Benyamin Netanyahou de manière théâtrale au président américain de l’époque Barack Obama – vient s’ajouter désormais une préoccupation bien plus urgente du côté israélien: l’installation de plus en plus flagrante de bases et d’installations militaires iraniennes en Syrie, soit pratiquement à la frontière israélienne.

Israël se prépare à une guerre ouverte avec l’Iran

Des «sources américaines»

Mardi, fort opportunément, des «sources américaines» dévoilaient que des chasseurs israéliens avaient réduit en miettes ce week-end une base en Syrie, dans laquelle l’Iran avait acheminé plus de 200 missiles sol-air. «Israël, notaient ces sources, se prépare à une guerre ouverte avec l’Iran», et il chercherait par tous les moyens à obtenir un soutien total des Etats-Unis dans cette perspective. Israël a quatre problèmes, surenchérissait mardi le ministre israélien de la Défense, Avigdor Lieberman: «L’Iran, l’Iran, l’Iran et l’hypocrisie.»

Une thèse que partage aussi Jonathan Schanzer, de la Fondation pour la défense des démocraties, qui voit dans ces gesticulations le prélude à une confrontation directe entre les deux pays: «Le plus grand impact de ces révélations de Netanyahou, c’est le tabassage psychologique adressé aux responsables iraniens, note-t-il. Ce sera difficile d’affirmer ensuite qu’ils auront pris par surprise.»

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