Face à l’«UMPS», Marine Le Pen, silencieuse et victorieuse

Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen ont une même date dans leur collimateur: le 29 novembre, tous deux seront les «stars» du congrès de leurs partis respectifs.

A Paris, l’ancien président semble assuré de rafler la mise et de distancer ses deux adversaires: son ancien ministre de l’Agriculture Bruno Le Maire et le député de la Drôme Hervé Mariton. Même si son score peut encore réserver des surprises, et si les derniers sondages montrent que 75% des Français – dont 57% de sympathisants de droite – estiment son retour «raté», l’ex-chef de l’Etat joue déjà l’étape suivante: celle de la primaire pré-présidentielle, qu’il approuve désormais et qu’il compte préparer avec la création d’un nouveau «grand mouvement» en avril 2015. Pour ratisser le plus large possible et déjouer le scénario cauchemar: voir s’édifier contre lui un front «anti-Sarkozy» qui profiterait à Alain Juppé.

Changer l’image du parti

Pas de surprise ni de combat des chefs à attendre en revanche à Lyon, où se tiendra le congrès du Front national. Marine Le Pen est assurée d’y recueillir les fruits de sa victoire aux municipales (une dizaine de mairies et 1600 élus) et aux européennes (24 sièges sur 77, 24,85% des voix). Le grand raout frontiste se focalisera donc sur deux échéances: les départementales de mars 2015, et la présidentielle de 2017. Avec trois défis immédiats pour celle qu’un récent sondage IFOP donne en tête du premier tour avec 28 à 30% des voix: parvenir à marginaliser les derniers fidèles de son père Jean-Marie Le Pen, en évitant de nouvelles déclarations intempestives de ce dernier; recentrer son discours sur le rôle de l’Etat protecteur, la condamnation de l’ultra-libéralisme – sans apparaître anticapitaliste – et la défense des services publics dans la France «périphérique»; enfin, entamer une vaste campagne de quadrillage du pays, à partir des nouvelles implantations locales du FN. Pour donner du parti cette image de gestionnaire qui lui fait encore défaut et accréditer l’idée que le Front national, avec ses cadres rajeunis, est l’alternative à l’«UMPS», la nébuleuse droite-gauche impuissante face au chômage et empoisonnée par les «affaires».

Deux «pompes» à électeurs

«L’enjeu, pour Marine Le Pen, n’est plus d’apparaître crédible. Elle l’est, juge Laurent Bouvet, de l’Observatoire de la vie politique. Son programme doit maintenant consister à rassembler et à donner des perspectives». Bref, à s’inscrire dans une logique d’avenir plutôt que de repli, en ciblant deux «pompes» à électeurs: l’impopularité abyssale de François Hollande et le rejet de ses réformes au sein de la gauche radicale, et la frustration de nombreux militants de l’UMP, lassés des batailles entre leurs dirigeants, et sceptiques devant la refondation prônée par Nicolas Sarkozy, dont les propositions, sur le terrain de l’immigration et des valeurs, flirtent avec celles du FN rénové: «On ne doit pas apparaître comme des incendiaires, mais comme des pompiers» résume un collaborateur de Florian Philippot, vice-président du parti.

Reste l’infrastructure électorale. La priorité du Front national, parti encore modeste d’environ 70 000 militants, est d’ouvrir des permanences, de former ses élus, souvent inexpérimentés. Le congrès du 29 marquera le début d’une vaste campagne de formation, d’encadrement et de mobilisation autour d’un thème central: l’identité française. «Nous devons être le parti qui empêche le suicide français», souligne l’entourage de Florian Philippot, en référence au best-seller d’Eric Zemmour (Ed. Albin Michel).