Europe

Face à l’Union européenne, la Turquie fait monter les enchères

Le premier ministre turc Ahmet Davutoglu a présenté, lors du Sommet EU-Turquie lundi à Bruxelles, de nouvelles exigences en échange de l’aide pour endiguer le flot des réfugiés

La Turquie a montré une nouvelle fois lundi qu’elle était la pièce maîtresse dans la gestion de la crise des réfugiés qui touche l’Europe et a présenté de nouvelles exigences en échange de sa coopération. Lors du Sommet UE-Turquie lundi à Bruxelles, le premier ministre turc Ahmet Davutoglu a commencé par demander une aide annuelle de 3 milliards d’euros à partir de 2018, qui seraient destinés à améliorer le sort des réfugiés en Turquie. Cette somme viendrait en sus des 3 milliards sur deux ans, qui ont déjà été scellés dans le cadre du programme conjoint signé entre Ankara et Bruxelles le 29 novembre dernier.

Deuxième exigence: l’accélération des négociations pour l’exemption de visa pour les citoyens turcs voulant voyager en Europe de sorte que le nouveau régime puisse entrer en vigueur dès juin 2016. A ce jour, l’UE travaillait sur un scénario de libéralisation graduelle à partir d’octobre 2016.

Le premier ministre turc a aussi demandé la réouverture des négociations de cinq chapitres dans le cadre de la candidature d’adhésion de la Turquie à l’UE dès qu’un accord sur la réunification du Chypre sera arrêté. Ahmet Davutoglu a ainsi fait comprendre qu’Ankara était prêt à faire des concessions et qu’une solution était à portée de main. Selon un diplomate turc, les négociations sur l’adhésion doivent reprendre même qui les Chypriotes rejettent la réunification lors du référendum qui pourrait avoir lieu en septembre prochain.

En contrepartie, la Turquie a offert de réadmettre jusqu’à un million de réfugiés irréguliers se trouvant en Europe sur trois ans, pour les expulser à son tour, vers leurs pays d’origine. L’UE, pour sa part, devrait accélérer son programme de réinstallation des réfugiés syriens se trouvant sur sol turc, toujours jusqu’à un million. Le déplacement pourrait démarrer dès juin prochain et les frais seraient pris en charge par l’Union.

Les nouvelles exigences turques ont bouleversé le sommet qui avait un tout autre agenda. Hier soir, les Vingt-Huit n’avaient pas encore fait connaître leur position. Mais selon une source diplomatique, Angela Merkel serait plutôt favorable. La chancelière allemande prône une coopération plus poussée avec la Turquie pour endiguer le flux des réfugiés. Selon d’autres sources d’information, la partie ne serait toutefois de loin pas gagnée pour les Turcs. Chypre rejetterait une plus grande ouverture des négociations sur l’adhésion. Les pays du groupe Visegrad (République tchèque, Slovaquie, Hongrie et Pologne) seraient opposés à l’exemption de visa dès juin prochain.

La Belgique, elle, ne voudrait pas donner de chèque en blanc à la Turquie. Selon un diplomate, il ne serait pas question de donner une nouvelle aide alors qu’une enveloppe de 3 milliards d’euros est déjà disponible. A ce propos, le président turc Recep Tayyip Erdogan a reproché l’UE hier à Ankara de n’avoir rien déboursé à ce jour. En réalité, Bruxelles a débloqué 95 millions d’euros vendredi dernier pour des programmes scolaires et alimentaires destinés aux camps de réfugiés en Turquie.

Par ailleurs, même si la Turquie est en position de force par rapport aux flux migratoires, l’UE ne veut plus fermer les yeux sur les violations récurrentes des droits de l’homme et de la liberté de la presse dans le pays. A son arrivée au sommet, le président français François Hollande a appelé à une coopération plus poussée avec la Turquie, mais pas à n’importe quel prix. «La liberté de la presse doit exister partout», a-t-il dit en référence à la récente mise sous tutelle du journal d’opposition Zaman.

Federica Morgherini, la cheffe de la diplomatie européenne, est allée également dans le même sens. «Nous travaillons avec la Turquie sur la candidature à l’adhésion et nous suivons de près les récents développements sur la politique intérieure», a-t-elle averti hier. Sur un autre registre, elle a déclaré que l’UE reconnaît que le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) est une organisation terroriste, mais estime que le pouvoir turc doit engager des négociations en vue de trouver une solution sur la question kurde.

Publicité