Le reconfinement va «provoquer des dégâts économiques et humains considérables» a averti mercredi soir le président du Medef Geoffroy Roux de Bézieux, après l'allocution d'Emmanuel Macron. Geoffroy Roux de Bézieux a assuré «comprendre» le «désarroi et la colère» des commerçants qui sont «pénalisés» alors que «ce n'est pas dans les commerces que se fait la contamination mais dans la sphère privée». Le reconfinement «va coûter au pays entre 50 et 75 milliards d'euros de Produit intérieur brut», a-t-il aussi affirmé dans une déclaration transmise à l'AFP.

Le couperet est tombé. Hors de contrôle, l’épidémie oblige le président Emmanuel Macron à changer brutalement de cap. La France bascule dès jeudi minuit – et jusqu’au 1er décembre au moins – dans une nouvelle phase de confinement, mesure longtemps écartée par l’exécutif. «Si nous ne donnons pas aujourd’hui un coup de frein brutal aux contaminations, nos hôpitaux seront très vite saturés», a déclaré mercredi soir le chef de l’Etat lors d’une allocution télévisée, pour expliquer ce revirement redouté par la population. «Jamais nous ne laisserons mourir des centaines de milliers de nos concitoyens. Ce ne sont pas nos valeurs», a-t-il insisté. Strict, le dispositif comporte toutefois quelques adaptations: le travail continuera, les écoles resteront ouvertes, tout comme les crèches et les Ehpad (établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes).

«Ne pas céder au poison de la division»

Un discours qui balaie l’optimisme des derniers mois. Au début de l’été, le gouvernement affichait sa confiance face à l’hypothèse d’un retour du virus à l’automne. Il fallait «vivre avec», tout en respectant une série de règles sanitaires. Ce relâchement contrôlé permettait un redémarrage progressif de l’activité économique. L’alarmante explosion de l’épidémie a mis à terre la stratégie de «retour à la normale» portée par le premier ministre Jean Castex qui, avant sa nomination à Matignon, avait la lourde charge de déconfiner le pays. «Avons-nous tout bien fait? Non», a reconnu le chef de l’Etat.

Un effondrement en trois temps. Le 17 octobre, un couvre-feu est instauré dans neuf métropoles du pays. Le 23 octobre, le dispositif est étendu à 54 nouveaux départements, ainsi qu’en Polynésie, soit 46 millions de personnes. Ces derniers jours, l’exécutif planchait sur un simple renforcement du couvre-feu. L’idée a finalement été écartée face à la montée en flèche du nombre de cas, plus de 52 000 dimanche soir. Le bilan des victimes s’alourdit, au point d’atteindre des niveaux similaires au mois d’avril: 523 décès ont été recensés mardi, soit 266 de plus que la veille.

Retrouvez nos principaux articles consacrés à la crise sanitaire

«Quoi qu’il en coûte»

Ce confinement était redouté par le représentant des patrons, Geoffroy Roux de Bézieux. Le président du Medef craignait un «effondrement» de l’économie française. Sur ce point, Emmanuel Macron a tenu à rassurer, citant sa formule passée: «Quoi qu’il en coûte.» «Un plan spécial sera préparé pour les indépendants, les commerçants, les très petites et moyennes entreprises», a-t-il ajouté.

L’enjeu est également politique, alors que le compromis national semblait fragilisé suite à la consultation mardi des partis d’opposition. «Le pire pour les Français, c’est le sentiment qu’on improvise au fur et à mesure de l’épidémie», a estimé l’ancien président socialiste François Hollande.

La population restera-t-elle soudée dans ce deuxième épisode critique? «Nous devons, quoi qu’il arrive, rester unis et solidaires et ne pas céder au poison de la division», a affirmé son successeur, tandis que des voix appellent à une prise de conscience des personnes âgées, ouvrant la voie à un conflit générationnel. A l’image de l’épidémiologiste Martin Blachier, qui exprimait son amertume sur la chaîne LCP, quelques heures avant l’annonce du président: «La génération de 60-80 ans n’est pas prête à faire le moindre effort pour la génération des plus jeunes.» Emmanuel Macron a balayé l’idée d’un confinement ciblé, une option «inefficace» et qui demanderait une «discussion éthique».