«Je ne tournerai jamais les armes contre les Palestiniens […]. Les Israéliens les appellent des «terroristes» mais moi, je les considère comme des combattants.» S'exprimant samedi à El-Bireh, dans la banlieue de Ramallah, à l'occasion de l'ouverture de la campagne pour les élections présidentielles palestiniennes du 9 janvier prochain, le président de l'OLP et candidat officiel du Fatah, Mahmoud Abbas, a considérablement durci le ton par rapport à ses interventions précédentes au cours desquelles il avait souvent affirmé vouloir «tendre la main à Israël». Applaudi par deux mille de ses partisans, Abbas s'est en effet présenté comme «l'héritier et le continuateur de Yasser Arafat». Affirmant que «l'occupant ne veut pas la sécurité de notre peuple» et qu'il «utilise tous les prétextes pour l'en priver», il a exigé que l'Etat hébreu «se retire de tous les territoires occupés», et pas seulement de la bande de Gaza. Dans la foulée, le chef de l'OLP a promis qu'il «n'abandonnera jamais Jérusalem» et a exigé l'application des résolutions des Nations unies garantissant le droit au retour des réfugiés qui ont fui leur maison ou en ont été expulsés en 1948, lors de la création d'Israël, ainsi qu'en juin 1967, au moment de la guerre des Six-Jours.

Pour l'heure, le durcissement d'Abbas ne semble pas émouvoir les commentateurs israéliens. «Le chef de l'OLP a besoin de s'imposer et il ratisse large», explique le spécialiste Guy Bechor. «Il doit impérativement tenir ce genre de discours afin de séduire les électeurs qui le trouvent trop modéré ou qui lui reprochent d'avoir condamné l'Intifada armée dès septembre 2002.» Interviewé par la radio publique de l'Etat hébreu, le vice-premier ministre israélien, Ehoud Olmert, n'a pas non plus semblé très inquiet. «Il est encore trop tôt pour décider si le discours d'Abbas annonce un changement de ligne stratégique ou si ces propos sont uniquement motivés par des considérations électorales», a-t-il déclaré. Et d'ajouter: «De toute façon, quoi qu'il dise, la position d'Israël est très claire: il n'y aura pas de progrès significatifs avec les Palestiniens tant qu'ils n'auront pas décidé de mettre fin au terrorisme et aux violences.»

A Ramallah, les chroniqueurs politiques palestiniens estiment que le changement de ton d'Abbas s'explique aussi par les résultats de la première tranche des élections municipales, qui s'est déroulée jeudi dans vingt-six villes et villages de Cisjordanie. Malgré l'embarras du ministre palestinien des Collectivités locales, Jamal Al-Choubaki, qui refusait encore ce dimanche de présenter les résultats officiels du scrutin, il se confirme en effet que le Fatah n'a pas remporté plus de douze mairies sur vingt-six. Le Hamas, en revanche, a réussi à conquérir sept mairies alors que les sondages lui étaient défavorables. C'est à Dahariyeh, une bourgade de la banlieue de Hébron, que la formation islamiste a infligé son camouflet le plus cinglant au Fatah en lui soufflant tous les sièges sauf un. Mais ce parti a également réalisé de très beaux scores dans des villages de la région de Bethléem généralement considérée comme «modérée», ainsi qu'à Tubas, une petite ville proche de Hébron où les soldats de l'Etat hébreu effectuent souvent des incursions.

Le Hamas peut s'estimer d'autant plus satisfait de son score que de nombreux «candidats indépendants» sont également arrivés en tête ou se sont bien placés dans plusieurs bourgades. Or, ces «indépendants» sont souvent des sympathisants déguisés du parti islamiste. De plus, les listes du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) ont également fait bonne figure. Cette formation est alliée au Hamas au sein du «front du refus» qui s'oppose à tout compromis avec Israël. En prenant connaissance de ses résultats, le Fatah a donc compris qu'il devait réagir vite, ce qui explique pourquoi Abbas ainsi que tous les porte-parole ont décidé de se montrer plus tranchants jusqu'au 9 janvier prochain.